Chez le Bibliothècaire

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mercredi 24 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE MODELE DE PICKMAN, Lovecraft





Le modèle de Pickman (1926, The Pickman Model in Weird Tales, 1927). Ce texte est certainement celui dans lequel Lovecraft exprime le mieux sa fascination pour l’art macabre. Il s’agit du récit d’un dénommé Thurber, fasciné par les créations du peintre Richard Upton Pickman qu’il rencontre à l’Art Club de Boston, musée qui vient de refuser d’exposer un de ses tableaux intitulé Le Festin des Goules.
Les artistes, les vrais artistes connaissent l'anatomie de la terreur, la physionomie de la peur. Ils savent lier leurs tracés, leurs perspectives avec nos instincts les plus profonds et nos terreurs ancestrales. Leurs contrastes si singuliers, leurs jeux de lumière éveillent en nous ce sentiment latent d'étrangeté. Je n'ai pas besoin de vous expliquer comment une œuvre de Fuseli nous fait frissonner tandis qu'on se mettra à rire devant la couverture d'une nouvelle fantastique à dix cents. Ces créateurs perçoivent quelque chose, quelque chose qu'ils parviennent, l'espace d'un instant, à nous transmettre. Doré y parvenait. Sime y parvient. Angarola de Chicago aussi. Et Pickman y parvenait à un degré qui n'avait jamais été atteint auparavant et, que le ciel m'entende, qui ne sera plus jamais atteint.
Il finit par sympathiser avec l’artiste avec lequel il a de longues discussions, dans le cadre de la rédaction d’une monographie sur laquelle il travaille et consacrée à L’Art Ésotérique. Pickman l’entraîne dans le vieux quartier de Copp’s Hill où il réside, et où habita le démonologue Cotton Mather. Je pourrais vous montrer la maison où il a vécu et une autre dans laquelle, malgré ses rodomontades, il était trop lâche pour entrer. Il en savait plus long que ce qu'il a écrit dans ce stupide Magnialia ou dans Les merveilles du monde invisible. On dirait le titre d'un livre pour enfants !
Mais le véritable atelier du peintre se trouve dans la cave d’une vieille masure abandonnée où il entraîne l’étudiant. Et là, c’est le choc : Je n'essayerai pas de décrire ces œuvres : l'atrocité, l'horreur blasphématoire, une incroyable abhorrence et l'abomination morale émanaient de touches subtiles, que les mots seraient impuissants à décrire. Il n'y avait là nulle ressemblance avec les techniques saisissantes de Sidney Sime ou les étendues trans-saturniennes, les thallophytes lunaires qui glacent le sang dans les toiles de Clark Ashton Smith. Les paysages ne représentaient que des cimetières, des forêts, des falaises de bord de mer, des tunnels de briques, des pièces lambrissées ou de simples caveaux de pierre. Le cimetière de Copp's Hill, tout proche, était le panorama le plus représenté. Mais ce qui terrifie le plus le visiteur, c’est l’incroyable vérité des visages des monstres représentés, ces maudits visages qui semblaient lorgner hors du cadre en bavant, comme animés d'une vie propre ! Bon sang, mon vieux, j'avais vraiment l'impression qu'ils étaient vivants ! Pour animer ce cauchemar, cet infect sorcier avait étalé sur sa palette les feux de l'enfer et employé un bâton de sorcier comme pinceau.
Et de pénétrer dans le sanctuaire secret de Pickman, une pièce voûtée au milieu de laquelle se trouve un puits recouvert d’un couvercle en bois. Découvrant avec horreur un tableau en cours, Thurston se met à hurler. Il s’enfuit, un croquis entre les mains alors que l’artiste tire plusieurs coups de feu. Il explique à son visiteur que son cri a réveillé un troupeau de rats. L’étudiant découvrira en rentrant chez lui que le croquis est en fait une photo représentant un monstre abominable sortant du puits. On ne retrouvera jamais Pickman.

lundi 22 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : AIR FROID, Lovecraft





Air Froid (1926, Cool Air in Tales of Magick and Mystery, 1928, Weird Tales, 1939). Un récit au décor autobiographique mettant en scène un jeune écrivain sans le sous qui migre dans un appartement bon marché dans la 14 ème rue Ouest de New York[1]. Il est perturbé par des odeurs d’ammoniaque qui filtrent de l’appartement du dessus. La concierge lui explique qu’il s’agit de la demeure du Dr Munoz, un médecin célèbre gravement malade qui vit en recourant à de nombreuses drogues. Frappé une nuit par une crise cardiaque, l’écrivain se précipite chez son voisin. Il est reçu dans un appartement magnifique par un personnage distingué qui le sauve. Il lui explique que pour survivre, il doit vivre dans le froid produit par une machine qui fonctionne à l’ammoniaque. Suite à une panne de pompe, le médecin appelle à l’aide son voisin qui, à défaut de trouver rapidement la pièce de rechange, part quérir de la glace. Il retrouvera le médecin dans son laboratoire, liquéfié, mais ayant eu le temps de griffonner quelques mots sur un papier expliquant qu’il était mort depuis 18 ans.


[1] Résidence de son ami George Kirk.

dimanche 21 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE CAVEAU, Lovecraft





Le Caveau (1925, In the Vault in Tryout, 1925 et Weird Tales, 1932). Une courte nouvelle macabre, mettant en scène George Birch, fossoyeur dans un cimetière de la Pek Valley quelque part en Nouvelle Angleterre. Alcoolique et d’une violence primaire, il « stocke » une dizaine de cadavre dans une grange durant l’hiver, en attendant le dégel pour procéder au creusement des tombes. Il est surpris une nuit dans ladite grange par une bourrasque qui ferme et bloque la porte d’accès. Il empile alors des cercueils pour accéder à une lucarne et sortir du piège. Il croit mettre au haut de la pile le cercueil de Matthew Fenner, une brave petit vieux et en dessous celui de Asaph Sawyer, une personne de grande taille particulièrement agressive. Une fois grimpé, le cercueil du dessus craque et il se sent comme emprisonné par les chevilles. Il parviendra avec difficultés à s’échapper. Gravement blessé, il fera appel au médecin local qui mènera une enquête discrète. Le fossoyeur s’était trompé dans l’obscurité et avait mis en haut le cercueil d’Asaph. Dans le cercueil ébréché, il découvrira un cadavre dont on avait scié les chevilles pour le faire rentrer dans « la boîte ».
Cette nouvelle a été écrite sur une idée de C.W. Smith, responsable de Tryout.

vendredi 19 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE RÔDEUR DEVANT LE SEUIL, Lovecraft & Derleth






Le Rôdeur devant le Seuil (Lovecraft & Derleth, 1945, The Lurker at the Thresold, Arkham House, 1945, version française Christian Bourgois, 1971). Ce roman aurait été écrit selon des notes laissées par Lovecraft. Selon Joshi, sur les 50.000 mots du texte, 1.200 sont de la plume de l’écrivain. On y reviendra.

Il s’agit d’un roman qui s’inscrit dans les canons purs et durs du Mythe version Derleth. Nous sommes dans la Nouvelle-Angleterre, entre Arkham et Dunwich, dans la maison de famille des Billington, entourée de sombres légendes. L’un des descendants de cette famille, Ambrose Dewart, décide de rénover la demeure et de s’y installer. Elle est située dans un grand parc dans lequel se trouvent une tour et un cercle de pierres levées. Il fait bien évidemment des recherches dans la bibliothèque de son grand père Alijah qui y vivait avec un indien et son fils Laban. Grâce aux notes laissées par ce dernier, il découvre que les deux adultes se livraient la nuit à de curieuses invocations. Il retrouve plusieurs coupures de presse faisant état de disparitions mystérieuses dans la région, les cadavres des malheureux étant retrouvés horriblement mutilés. Il étudie également les livres maudits de la bibliothèque faisant état de redoutables entités non-humaines et des techniques pour les invoquer.
Perturbé, il demandera à son cousin Stephen Bates de Boston de venir passer quelques temps avec lui. Il lui fait part de ses découvertes, mais il subira progressivement une modification de personnalité. Bates le surveillera discrètement et le surprendra la nuit, au haut de la tour, en train d’appeler des créatures infernales. De nouvelles disparitions se produisent. Bates ira consulter deux experts à l’Université de Miskatonic, le Dr Seneca Lapham et Winfield Phillips. Ceux-ci mèneront une enquête sur le terrain. Bates a disparu et Ambrose Dewart, dont le sorcier Richard Billington avait pris, sera vaincu grâce aux talismans apportés par les deux érudits.
Un récit archi-classique, on pourrait presque dire « téléphoné », qui aurait mérité d’être ramassé en nouvelle plutôt que de se trainer péniblement en roman. On y remarque les premières traces de la structuration du panthéon lovecraftien par Derleth, à savoir entre les gentils (les Anciens Dieux) et les méchants (les Grands Anciens). Petite curiosité, on y assiste, du chef des deux universitaires, à un petit cours un petit cours de fortéanisme (Charles Fort est nommément cité), sur le thème « rien n’est impossible, la preuve … »

Les livres :

Toute la bibliothèque maudite est évidemment sollicitée, dont le Necronomicon largement cité (cf infra). Deux autres créations lovecrafiennes font leur apparition :
° Of Evill Sorceries Done in New-England of Daemons in no Humane Shape; English. Derleth a modifié la date originale de publication de ce livre (1788 au lieu de 1684 pour Lovecraft). Ce manuscript retrace les activités occultes de Richard Billington et notamment ses invocations de Ossadagowah.
° Thaumaturgical Prodigies in the New-England Canaan du Révérant Ward Phillips (1788) de la Baptist Church d’Arkham. Un ouvrage qui analyse également les activités occultes de Richard Billington et qui sera violemment critique par son fils Alijah.
This book was written in 1788 by the Reverend Ward Phillips of the Baptist Church of Arkham, Massachusetts. The treatise describes the blasphemous activities of witches, warlocks, Indian shamans, and other evil-doers in colonial New England. Terrible magicks, monstrous births, and dire Indian legends are all described. Phillips pays particular attention to the events that supposedly took place in and around Billington’s Woods, near Arkham, in the late 17th century.
Une seconde version complétée a été publiée à Boston en 1801.Une version annotée par le Révérant est détenue par un homme d’affaires de Providence, un de ses descendants, Wipple Phillips.


Pour les puristes, cet ouvrage contient de nombreuses citations du Necronomicon :

Il ne faut point croire que l'homme est le plus vieux ou le dernier des maîtres de la terre, ou que la masse commune de vie ou de substance soit seule à y marcher. Les Anciens ont été, les Anciens sont, et les Anciens seront. Non dans les espaces que nous connaissons, mais entre eux. Ils vont sereins et primordiaux, sans dimensions et invisibles à nos yeux. Yog-Sothoth connaît la porte. Yog-Sothoth est la porte. Yog-Sothoth est la clé et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Yog-Sothoth. Il sait où les Anciens ont forcé le passage jadis, et où Ils le forceront de nouveau. Il sait où Ils ont foulé les champs et la terre, et où Ils les foulent encore, et pourquoi nul ne peut les voir quand Ils le font. A leur odeur, les hommes peuvent parfois connaître qu'Ils sont proches, mais de leur apparence aucun homme ne peut rien savoir, si ce n'est sous les traits de ceux qu'Ils ont engendrés chez les hommes ; et de ceux-ci sont plusieurs espèces, différentes par leur figure, depuis la plus véridique eidolon de l'homme à cette forme invisible et sans substance qui est Eux. Ils passent, nauséabonds et inaperçus dans les lieux solitaires où les Paroles ont été prononcées et les Rites ont été hurlés tout au long en leurs Temps. Leurs voix jargonnent dans le vent, et Leur conscience marmonne dans la terre. Ils courbent la forêt et écrasent la ville, pourtant ni forêt ni ville ne peuvent apercevoir la main qui frappe. Kadath Les a connus dans le désert glacé, et quel homme connaît Kadath ? Le désert de glace du Sud et les îles englouties de l'Océan renferment des pierres où Leur sceau est gravé, mais qui a jamais vu la ville au fond des glaces et la tour scellée festonnée d'algues et de bernacles ? Le Grand Cthulhu est Leur cousin, encore ne les discerne-t-il qu'obscurément. Ïa ! Shub-Niggurath ! Vous les connaîtrez comme une abomination. Leur main est sur votre gorge, bien que vous ne Les voyiez pas ; et Leur demeure ne fait qu'un avec votre seuil bien gardé. Yog-Sothoth est la clé de la porte, par où les sphères communiquent. L'homme règne à présent où ils régnaient jadis ; Ils régneront bientôt où l'homme règne à présent. Après l'été l'hiver, et après l'hiver l'été. Ils attendent, patients et terribles, car Ils régneront de nouveau ici-bas.
Necronomicon, page 751 de l'édition espagnole de la traduction latine

Il se passa donc comme cela avait été dit jadis ; Il fut emporté par Ceux Qu'Il Avait Bravés et plongé au plus Profond des Profondeurs de la Mer, et placé à l'intérieur de la Tour aux anatifes qu'on dit s'élever parmi les grandes ruines qui sont la Cité Engloutie (R'lyeh), et enfermé dedans par le Signe des Anciens et, dans sa Fureur contre Ceux qui L'avaient Emprisonné, Il continua de S'attirer Leur Courroux, et Eux, S'abattant sur Lui pour la seconde fois, Lui imposèrent l'apparence de la Mort, mais Le laissèrent rêver à cette place sous les eaux immenses, et retournèrent dans ce lieu d'où Ils étaient venus qui a pour Nom Glyn-Vho, et se trouve parmi les étoiles ; et Ils observent la Terre du moment où les feuilles tombent à celui où le paysan retourne une fois encore à ses champs. Et c'est là qu'Il reposera, à jamais rêvant, dans sa demeure de R'lyeh vers laquelle à ce moment tous Ses favoris nagent et se démènent contre toutes sortes d'obstacles et se disposent pour attendre Son réveil, impuissant à toucher le Signe des Anciens car ils craignent Son grand pouvoir et savent que le Cycle doit revenir et Il sera libéré pour étreindre la Terre encore et en faire Son Royaume et braver les Anciens Dieux de nouveau. Or, à Ses Frères il advint de même qu'Ils furent emportés et jetés en bannissement par Ceux Qu'Ils Avaient Bravés, Lui Qu'On Ne Doit Pas Nommer étant envoyé dans l'espace Extérieur, au-delà des Etoiles, et avec les autres pareillement, jusqu'à ce que la Terre fût libérée d'Eux et que Ceux Qui Etaient Venus en la forme de Tours de Feu soit retournés d'où Ils provenaient, et qu'on ne Les vît plus, et que sur toute la Terre la paix vînt alors et subsistât tandis que Leurs favoris se rassemblaient et cherchaient les voies et les manières de libérer les Anciens et attendaient alors que l'homme vînt prier en des lieux secrets et maudits pour ouvrir le Portail.
Al-Azif, Le Livre de l'Arabe (XVIe siècle)


Il est écrit au sujet des Anciens, Ils attendent toujours au Portail et le Portail est partout de tout temps, car ils ne connaissent pas le temps ni l'espace mais sont en tous temps et tous lieux à la fois sans paraître, et il y a ceux parmi Eux qui peuvent prendre Formes et Traits variés et n'importe quels Forme et Visage, et les Portails sont pour moi, Savoir à Irem, la Cité des Colonnes, la ville sous le désert, mais là où des hommes érigent les Pierres et profèrent par trois fois les Paroles maudites, ils auront établi un Portail et devront sortir Ceux Qui Traversent le Portail, les Dhols et l'Abominable Mi-Go, et le peuple Tcho-Tcho, et les Ténébreux, et les Gugs et les Décharnés de la Nuit et les Shoggoth, et les Voormi, et les Shantaks qui gardent Kadath dans la Lande Froide et le Plateau de Leng. Ils sont tous les Rejetons des Anciens Dieux, mais la Grande Race de Yith et les Grands Anciens ne pouvant s'accorder ensemble et avec les Anciens Dieux, se séparèrent, laissant les Grands Anciens maîtres de la Terre, tandis que la Grande Race, revenant de Yith, élut comme Demeure Temporelle le Pays de Terre encore ignoré de ceux qui foulent aujourd'hui la Planète, et attendent ici que viennent à nouveau les vents et les Voix qui Les portaient en avant autrefois et Cela qui Marche sur les Vents par-dessus la Terre et les Espaces qui à jamais s'étendent parmi les Astres.
Al-Azif, Le Livre de l'Arabe (XVIe siècle)

Ubbo-Sathla est cette source inoubliée d'où vinrent ceux qui osèrent s'opposer aux Anciens Dieux qui régnaient depuis Bételgeuse, les Grands Anciens qui combattirent les Anciens Dieux ; et ces Grands Anciens étaient instruits par Azathoth, le dieu aveugle et idiot, et par Yog-Sothoth qui est Tout-En-Un et Un-En-Tout et pour qui les limites du temps et de l'espace n'existent pas et dont les aspects sur terre sont 'Umr-At-Tawil et les Anciens. Les Grands Anciens rêvent depuis toujours de ce temps à venir quand ils régneront à nouveau sur la Terre et sur tout cet Univers dont elle fait partie... Le Grand Cthulhu se lèvera de R'lyeh ; Hastur, Celui Qu'On Ne Doit Pas Nommer, reviendra de la sombre étoile qui est proche d'Aldébaran dans les Hyades ; Nyarlathotep mugira à jamais dans l'obscurité qui est son domaine ; Shub-Niggurath, le Bouc Noir aux Mille Chevreaux se multipliera encore et encore et recevra soumission de tous les satyres, nymphes et lutins des bois ainsi que du Petit Peuple ; Lloigor, Zhar et Ithaqua chevaucheront les espaces parmi les étoiles et ennobliront ceux qui les servent, les Tcho-Tcho ; Cthugha exercera son pouvoir sur Fomalhaut : Tsathoggua viendra de N'kai... Ils attendent depuis toujours aux Portails, car le temps se rapproche, l'heure est bientôt venue, tandis que les Anciens Dieux reposent, rêvant, ignorant qu'il y a ceux qui connaissent les envoûtements qui ont servi aux Anciens Dieux contre les Grands Anciens, et apprendront comment les rompre, alors que déjà ils savent ordonner aux servants qui attendent au-delà des portes du Dehors.
Necronomicon (extrait)


Bouclier contre Sorcières et Daemons, contre les Etres des Profondeurs, les Dools, les Voormais, les Tacho-Tacho, les Mi-Go, les Shoggaoths, les Fantômes, les Valusiens et tous Peuples et Etres qui servent les Grands Anciens et les Rejetons d'Iceux, sera trouvé dans l'Etoile à Cinq Branches gravée de Pierre grise de l'antique Mnar ; qui est moins solide contre les Grands Anciens Eux-mêmes. Le Possesseur de la Pierre se trouvera capable de commander à tous les Etres qui rampent, nagent, grouillent, marchent ou volent même à la Source sans retour. A Yhe comme à R'lyeh la Grande, à Y'hanthei comme à Yoth, à Yuggoth comme en Zothique, à N'kai comme à Naa-Hk et K'nyan, à Carcosa comme à G'harne, dans les Villes jumelles d'Ib et Lh-yib, à Kadath dans le Désert Froid comme au Lac de Hali, il détiendra le Pouvoir ; cependant, comme les Etoiles pâlissent et refroidissent, comme les Soleils meurent et que les Espaces entre les Etoiles s'élargissent, ainsi décroît le Pouvoir de toutes choses, de l'Etoile-Pierre à Cinq Branches comme des Sorts jetés aux Grands Anciens par les Anciens Dieux bienveillants, et ce Temps viendra comme il y eut jadis un Temps, où il sera dit :

N'est pas mort ce qui peut éternellement demeurer, et en d'étranges Eres même la Mort peut mourir.

Notes inédites de Feery sur le Necronomicon (traduction libre d'un passage de la version latine)


mardi 9 août 2016

LE GRAAL A RENNES-LES-BAINS AVEC GEORGES BERTIN




Le sociologue Georges Bertin fera une conférence mercredi 10 août à 20h30 sur le GRAAL à la salle municipale de Rennes-les-Bains. Entrée gratuite.



LES CHRONIQUES D'EL'BIB, LUI, H.P. Lovecraft




Lui (1925, HE in Weird Tales, 1926). Un récit qui démarre de façon très autobiographique, dans lequel le narrateur (non nommé) explique comment, après avoir été fasciné par New York lors de son arrivée dans la cité, il a pris violemment en grippe la ville. Car le vieux New York, contrairement aux vieux Paris ou Londres, est mort, définitivement. Et d’explorer la nuit des ruelles oubliées et des passages reculés à la recherche des traces de la ville légendaire. Il trouvera, dans une impasse obscure, quelques restes décrépis de la cité oubliée et fera la rencontre d’un personnage mystérieux, habillé de façon archaïque, qui lui fera visiter le quartier. Il l’amènera dans sa vieille demeure. C’est un antiquaire dont l’un des ancêtres pratiquait la sorcellerie et qui a éliminé nombre d’indiens qui foisonnaient dans les parages, non sans leur avoir soutiré leurs connaissances occultes. Il lui montrera une fenêtre magique, par laquelle il est possible de voir le quartier (de Greenwich) avant l’édification de la ville, puis le plongera dans le futur, avec un New York saturé, infesté par les immigrés, et dont le ciel est sillonné par de bruyants engins volants. Mais cette vision terrifiante est interrompue par des bruits de créatures qui envahissent la maison. Ce sont les indiens massacrés qui viennent se venger. L’antiquaire se transformera en hurlant en boue noirâtre et le narrateur aura juste le temps de s’enfuir… pour rentrer « chez nous », à Providence !
Un récit manifestement inspiré par les excursions nocturnes de l’auteur dans Greenwich.

STEPHANIE EN DÉDICACE AU JARDIN DE MARIE LE 16 AOÛT


lundi 8 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : HORREUR A RED HOOK, Lovecraft






Horreur à Red Hook (1925, Horror at Red Hook in Weird Tales, 1927). Un texte majeur dans lequel certains ont vu une illustration du racisme de l’auteur. Pour moi, cette nouvelle est intéressante par l’utilisation qui est faite de la magie noire, mais aussi parce qu’il s’agit d’une des rares nouvelles policières de Lovecraft. Nous sommes en effet dans une aventure de « détective de l’étrange », mettant en scène l’inspecteur Thomas F. Malone qui se remet doucement d’un véritable effondrement nerveux consécutif à une enquête menée dans le quartier de Red Hook à Brooklyn. Un vieux quartier, en marge de Big Apple, refuge d’immigrants de tous bords et considéré comme une « zone de non droit ». Vit dans une ruelle décrépie, à proximité d’une vieille église réformée transformée en salle de bal, un érudit expert en superstitions médiévales, Robert Suydam. Il dilapide sa fortune en achetant de curieux volumes de magie, importés de Paris et de Londres, et entretient des relations étroites avec certains groupes d’immigrés, notamment des Yezids du Kurdistan. Il explique, à qui veut l’entendre, qu’il se consacre à l’étude de leurs traditions. L’une de ses maisons communique avec la mer, et l’on enregistre de curieux trafics d’embarcations dans ces parages alors que des enfants disparaissent mystérieusement dans le secteur. Le médiéviste subit alors une étonnante transformation physique, rajeunissant et s’habillant de façon élégante. Il épousera une jeune fille de bonne famille et partira en voyage de noces sur un yacht. Sa jeune femme sera égorgée dans la cabine et on retrouvera Suydam mort avec un mot demandant de rapatrier sa dépouille dans la cave sous sa demeure. Ce qui sera fait.
Le jeune détective, chargé de l’enquête, assistera alors à une incroyable messe noire et verra Suydam se réanimer au son de terrifiantes incantations magiques, parmi des cadavres d’enfants et des sectateurs en transe : ils devaient être, ressentait-il intérieurement, les héritiers de quelque tradition choquante et primordiale ; les associés de bribes avilies et démantelées de cultes et cérémonies plus vieux que
l’humanité. Suydam s’effondrera, transformé en masse gélatineuse et Malone se fera prescrire une cure de repos. Les maisons au-dessus de la crypte, s’effondreront.
L’excellente petite publication The Occult Lovecraft (Gerry de la Ree, 1975) reprend une lettre de Lovecraft dans laquelle il revient sur sa nouvelle. Il explique ne pas être un spécialiste de magie noire et indique avoir été chercher les éléments de ses invocations chez A.E. Waite, Eliphas Lévi et Sax Rohmer. Il liste les termes évoqués (Sabaoth, Tetragrammaton, Agyros, Adonai….) en essayant de leur donner une signification, tout en reconnaissant que certains d’entre eux lui échappent totalement.

13 & 14 AOÛT, UN WEEK END D'ENFER SUR LA COLLINE AVEC L'ODS






mercredi 3 août 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : THE ANCESTOR, Derleth & Lovecraft




L’Ancêtre (un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Ancestor in The Survivor and Others, Arkham House 1957). Le narrateur (non nommé) rejoint son cousin, le Dr Ambrose Perry, dans une demeure isolée du Vermont où il s’est installé et a fait construire un vaste laboratoire. À l’aide de drogues et de musique, il se livre à des expériences de régression, remontant dans le passé à la recherche de sa mémoire ancestrale. Ambrose Perry le charge de mettre en ordre et de retranscrire ses notes d’expérience. Il s’enferme dans son laboratoire, ne prend plus ses repas et l’on entend dans la maison des bruits inquiétants alors que le chien hurle à mort. Le cousin entendra une nuit le bruit d’une créature pestilentielle s’éloigner vars la forêt. Il lancera le chien à ses trousses et retrouvera, déchiqueté par ce dernier, une abominable forme vaguement humaine : Ambrose Perry, bien sûr, qui était remonté trop loin dans le temps.
Une nouvelle horriblement téléphonée dans laquelle il est difficile de deviner la patte du Maître !

lundi 1 août 2016

LE THRILLER ESOTERIQUE A RLC, samedi 6 août






Rennes-le-Château le samedi 6 août 2016

Journée sur le thriller ésotérique


Salle de la Capitelle à partir de 10 heures



10 h Présentation, Lauric Guillaud & Philippe Marlin,
10h15- 11h15 Le polar ésotérique, un nouveau Matin des Magiciens ? Lauric Guillaud, universitaire & auteur,
11h15 – 12 h 15 Le polar castelrennais, Philippe Marlin, éditeur & auteur,
14h15 – 15h15 Roman ésotérique et Mythologie, Geneviève Beduneau, auteur,
15h15 – 16 h 15 Le Club Dumas (A. Perez-Reverte) et La Neuvième porte (R. Polanski) : du texte à l'écran, Gilles Menegaldo, universitaire & auteur,
16 h 15 – 16h45 Pause
16h45 – 17h45 Le Pendule de Foucault, Georges Bertin, universitaire & auteur,
17h45 18h15 Conclusion, débats, hypothèses, les intervenants avec le public.

  Inscription 20 € ; chèque à l’ordre de l’ODS à l'ordre de l'Association Œil du Sphinx, 36.42 rue de la Villette, 75019 Paris,

L'HOMME DE NEANDERTHAL (Heuvelmans) COMMENCE SA CARRIERE AMERICAINE




SKATING ON THIN ICE
Posted: 30 Jul 2016 12:26 AM PDT

Bernard Heuvelmans.   Neanderthal: The Strange Story of the Minnesota Iceman. Translated by Paul LeBlond, afterword by Loren Coleman.  Anomalist Books, 2016.

The story of the “Minnesota Iceman”, an alleged hairy humanoid displayed in a block of ice by a carnival grafter Frank Hansen in 1968 is perhaps one of the oddest in cryptozoology, not least because the overwhelming probability that the thing was a fake. One would have thought that the very facts that a carnival showman was displaying the thing, that no-one was ever allowed to see it outside the block of ice, and that the moment it looked as though scientists were taking an interest in it the individual displaying it claimed it had been replaced by a replica indicated that. The stories of how he got hold of it were constantly changing and above all it doesn’t actually resemble anything from bush of human evolution as understood by modern evolutionary biologists.

Despite this Bernard Heuvelmans, the Belgian pioneer of cryptozoology insisted that it was genuine, and that it was a surviving Neanderthal. Even at the time, paleoanthropologists considered this to be an incredibly grotesque insult to the poor old Neanderthals. Not even artists like Zdenek Burian, who portrayed them as shambling brutes, ever showed the Neanderthals as the hairy ape-like things that Ice Ma appeared to be. Today, as Loren Coleman acknowledges in his afterword, we know from genetic analysis that many Neanderthals had pale skins and fair or red hair and increasingly they are seen as people by no means as different from us as once thought, who interbred with incomers peoples from Africa, our majority ancestors.

For younger people who have read up on human evolution Heuvelmans’ text will be not just weird but actually incomprehensible. We now know he was wrong about everything, dates, lineages and the macroscopic view of human evolution. Even by the standards of the late 1960s and early 1970s his views were antique and eccentric and in good measure appear to have been strongly influenced by pre-Second World War texts.

To add to this, Heuvelmans emerges from this book, first written in French in 1974, as a classic crank, complaining constantly about the establishment suppressing inconvenient information and ganging up on him. Of course when paleoanthropologists were presented with a genuine major anomaly, the Flores “hobbit”, the response of the vast majority was quite different.

In his afterword Loren Coleman tries to shift the iceman back to Homo erectus, but again that won’t do. Homo ergaster, the ancestor of Homo erectus had already developed a modern human body shape below the neck and had shed its body hair in adapting to a fast paced savannah existence about two million years ago. To sind something rather resembling iceman you have to go back to the Australopithecines at least.

This strikes me as a sad book, and in selecting it as the work of Heuvelmans to republish it does him no favours, rather it does him a considerable disservice. -- Peter Rogerson.




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dimanche 31 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA FENETRE A PIGNONS, Derleth & Lovecraft





La Fenêtre à Pignon (un texte de Derleth d’après les notes de Lovecraft). Au cas où vous ayez encore faim d’histoires de maisons maudites, on continue avec cette fois les petits neveux d’Henry Akelay, le reclus de Celui qui chuchotait dans les ténèbres qui voulait envoyer son cerveau sur Yuggoth. Wilbur Akeley décède en laissant à son cousin la ferme du vieux Wharton, aux creux des collines l’Aleysbury Pike. Wilbur était archéologue et anthropologue, formé à l’université de Miskatonic. Grand voyageur, il avait bourlingué en Asie et en Amérique Latine. Le narrateur, son cousin, reprend la demeure, dont seule une aile est aménagée. Une chambre, au premier étage, possède une étrange vitre de verre dépoli dont Wilbur disait qu’il venait de Leng ou peut être des Hyades. Le narrateur perçoit la nuit comme des bruits de griffes et de tentacules sur la vitre. En fouillant dans la chambre, il découvre toute une bibliothèque maudite (les grands classiques !) dont une photocopie du Necronomicon. Il est évidemment impressionné par la description de toute une série de créatures monstrueuses évoquées dans ces écrits (les grands classiques aussi !). Il met également la main sur les notes laissées par Wilbur, relatant ses incursions (en rêve ?) dans des contrées maudites, peuplées par lesdites créatures. Il recopie au sol une étoile dessinée par Wilbur et récite selon les instructions du défunt : Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn ! Iä Iä, Cthulhu fhtagn ! Il voit alors au travers de la vitre des paysages incroyables et une créature tentaculaire commencer à traverser la vite. Il efface en catastrophe l’étoile. La maison retrouve son calme, mais il découvrira dans la chambre, au petit matin, parmi les morceaux de verre éparpillés, un tronçon sectionné de tentacule.

jeudi 28 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA LAMPE D'ALHAZRED, Derleth & Lovecraft





La Lampe d’Alhazred (un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Lamp of Alhazred in The Survivor and Others, Arkham House 1957). Je ne sais pas si Lovecraft y est pour grand-chose dans ce texte de Derleth, mais nous sommes en présence d’une petite perle. Un récit autobiographique (du moins si on suppose que la plume de Lovecraft a été utilisée) qui met en scène l’auteur, Ward Phillips, reclus dans sa maison d’Angel Street, et à qui on va remettre la dernière pièce de l’héritage de son grand père, le vieux Wipple. Il s’agit d’une lampe magnifique, provenant d’une tombe en Arabie, et ayant appartenu au poète fou, Abdul Alhazred. On l’aurait retrouvée dans la ville secrète d’Irem, la Cité des piliers. Ward partage son temps entre des promenades diurnes dans la campagne aux alentours de Providence et de laborieux travaux nocturne d’écriture afin de subsister. Il s’était mis à écrire pour de médiocres petits périodiques à bon marché. Pour augmenter ses ressources, il révisait des manuscrits, en prose ou en vers. Ces textes, d’avance condamnés, émanaient d’auteurs beaucoup moins qualifiés que lui. Ils espéraient que, par quelque miracle de sa plume, ces manuscrits trouveraient le chemin d’un éditeur.
Et puis un soir, il abandonne ses habituelles bougies et allume la lampe. Et le miracle se produit. Il voit sur les murs des paysages magnifiques, des cités somptueuses et découvre Kaddath la mystérieuse, Arkham et la rivière Miskatonic, Dunwich, Innsmouth et le récif du Diable, les Montagnes Hallucinées au Pôle Sud…. Ces visions lui inspireront l’essentiel de son œuvre. Il oubliera la lampe, et bien des années plus tard, se sentant très malade, il l’allumera à nouveau. Et cette fois le spectacle sera celui de la Nouvelle-Angleterre de son enfance, des collines qu’il aimait gravir et des forêts dans lesquelles il se perdait volontiers. Il franchira la porte pour retourner dans le décor de son enfance. On ne retrouvera jamais sa trace.

N’est point mort qui peut éternellement gésir,
Au cours du temps, la mort même peut mourir.


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LES CHRONIQUES D'EL BIB : L'HERITAGE PEABODY, Derleth & Lovecraft


L’Héritage Peabody (un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Peabody Heritage in The Survivor and Others,  Arkham House 1957). Lovecraft nous a abreuvé d’histoires de maisons maudites et il continue après sa mort grâce à la plume d’August Delerleth. Cette fois c’est la famille Peabody qui est mise en scène, un patronyme que nous avons déjà rencontré dans Le Cauchemar d’Innsmouth en la personne de Lapham E. Peabody, conservateur à l’Arkham Historical Society. Le Peabody de la présente nouvelle prend possession d’une vieille demeure de famille, délabrée, sise près de Wilbraham dans le Massachussets, et décide de la restaurer en partie pour s’y installer. Il visite le caveau familial et découvre les cercueils de 37 ancêtres. Il remarque une tombe à moitié ouverte où git le cadavre de son arrière-grand père, Asaph, le squelette retourné ; il décide de le remettre à l’endroit.
Il fait des rêves inquiétants et, avec l’architecte chargé de la restauration, découvre une pièce secrète aux angles impossibles ; on n’est pas loin de La Maison de la Sorcière. La population locale refuse de participer aux travaux de restauration, en raison des légendes terrifiantes qui courent au sujet de la famille Peabody (on a déjà lu ça très souvent !). On fera appel à des immigrés polonais. Un bébé disparaît dans une ferme attenante et il apprend que son aïeul Asaph était sorcier. Et de découvrir lors des travaux des squelettes d’enfants, et dans la pièce secrète des traités de magie noire, comme le Malleus Maleficarum et le Daemonialitas de Sinistrari ainsi que le Vitae sophistrarum d’Eunapius,  De Natura Daemonum d’Anania,  Fuga Satanae de Stampa et  le Discours des Sorciers de Bouget[1].
L’héritier va faire un nouveau cauchemar durant lequel il participe à une messe noire avec Asaph et retrouvera le matin sur le bureau de la pièce cachée des traces de sang frais. Il se précipitera dans le caveau, et constatera qu’en remettant le squelette de son arrière-grand père à l’endroit, il lui avait rendu une forme de vie. Il mettre le feu au bâtiment.
Un texte sans intérêt qui sent bon l’odeur du « téléphoné ».




[1] Il s’agit en fait d’Henri Boguet. Très célèbre démonologue, il est l'auteur du Discours exécrable des Sorciers (1603), douze fois réédité en vingt ans. Les dix premières éditions couvrent la période 1602-1610, qui correspond également à l'une des premières périodes de persécution organisée en Franche-Comté (1603-1614), favorisée par la législation princière (édit des Archiducs en 1604), parlementaire (publication répressive de 1608), et la participation de la population. La première répression débute en fait en 1598, prend son origine dans la juridiction de Boguet et dure quatre ans.

samedi 23 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : UN JOUR A WENTWORTH, Derleth & Lovecraft





Un jour à Wentworth (un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Wentworth Day in The Survivor and Others,  Arkham House 1957). Un nouveau « pastiche » de Derleth qui continue à respecter la structure narrative de Lovecraft pour nous fournir un récit d’un intérêt limité. Nous sommes dans la région de Dunwich et un représentant de commerce, surpris par la pluie et la nuit, se réfugie dans la vieille demeure d’un certain Amos Stark qui ne cesse de marmonner le nom de Nahum Wentworth. Le visiteur finit par comprendre que ce dernier a prêté 5000 € à Amos et qu’il doit venir réclamer son dû cette nuit. Mais de préciser qu’il ne risque guère de venir car il a tué son créancier lors d’une partie de chasse. Cependant, le visiteur sera réveillé par des coups frappés à la porte et retrouvera le propriétaire étouffé par un squelette.

A noter que le visiteur découvre chez Amos Le Septième Livre de Moïse. Au 19ième siècle, le Sixième et Septième Livre de Moïse fut combiné avec une partie du livre du Dragon de Feu (ou enflammé). Ce deuxième livre eut son origine en France et il est censé avoir été imprimé à la fin du 17ième siècle de manuscrits datant de l'an 1552. Après la révolution française en 1789, une révolution qui avait comme but de détrôner Dieu et de mettre sur le trône la déesse de la raison, ce livre particulier, le Dragon de Feu (ou enflammé), devint un sinistre substitut pour la Bible dans certains cercles de magie français. Après la fusion des deux livres, ils furent publiés sous le nouveau titre : "Le Magazine Sympathique Magique", de même que sous leurs anciens titres.


mercredi 20 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA MAISON MAUDITE, Lovecraft

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La Maison Maudite (1924, The Shunned House in Weird Tales 1937) est une excellente novellette mettant en scène une maison de Benefit Street à Providence, victime d’une étrange malédiction. Ses propriétaires, la famille Harris, mourront tous le langueur et d’anémie. Le narrateur (non nommé) est intrigué par ces légendes et s’en ouvre à son oncle, le Dr Elihu Whipple qui a déjà longuement enquêté sur le sujet. Suit une longue chronique de la famille Harris qui est également un intéressant raccourci de l’histoire de Providence. Ce qui frappe le narrateur, lors de ses investigations dans les chroniques anciennes, c’est que plusieurs des « victimes » se mettaient à hurler en français, langue qu’elles ne connaissaient pas. Et de découvrir que la maison Harris a été construite sur le cimetière de la famille de Roulet, une famille huguenote française émigrée en Amérique et dont l’un des ancêtres fut accusé de lycanthropie. Le narrateur et son oncle décident de crever l’abcès et s’installent pour une nuit dans la cave du manoir. Une étrange forme vaguement humaine figure comme en pointillé sur le sol. Elle reprendra consistance et « engloutira » littéralement le vieil oncle. Le narrateur s’enfuira et reviendra la nuit suivante avec des bonbonnes d’acide sulfurique pour éradiquer le monstre.
Une nouvelle très riche sur une maison qui existe réellement et qui est en quelque sorte le point d’orgue des nombreux récits de Lovecraft sur les demeures maudites. A noter que la famille de Roulet a effectivement existé et qu’elle est citée dans Myths and Myth-Makers de Fiske (1872). 



Les notes de Jacky Ferjault :

La nouvelle de Lovecraft qui se rapproche le plus des histoires de vampires traditionnelles est sans
doute The Shunned House (1924, La Maison, publié en 1937 dans Weird Tales). On y voit les occupants successifs d’une vieille maison de Providence mourir d’une mystérieuse et inexorable anémie jusqu’à ce qu’un homme plus curieux que les autres, le narrateur, découvre dans la cave un gigantesque cadavre boursouflé qui semble s’être nourri pendant des années de leur sang. Les victimes ayant été retrouvées pratiquement exsangues au moment de leur mort, il y a bien eu un phénomène de vampirisme, mais celui-ci s’est fait sans morsure, à distance, comme par une mystérieuse osmose. Le mystérieux mort-vivant, à la différence des vampires traditionnels qui se réveillent la nuit, mène une sorte d’existence végétative au fond de sa tombe d’où il ne sort jamais. À noter que le narrateur n’utilise pas le moyen classique qu’est le pieu pour éliminer ce redoutable vampire, mais il préfère déverser sur le corps six bombonnes d’acide sulfurique, ce qui est tout à fait inhabituel dans ce genre de récit.

lundi 18 juillet 2016

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, LE SURVIVANT, Lovecraft & Derleth





Le Survivant (1954, un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Survivor in Weird Tales 1954). Il n’est pas évident de faire la part des choses dans la fiction rédigée par August Derleth sur la base de notes inachevées de Lovecraft. J’ai fouillé dans les travaux de Joshi, mais je n’ai pas trouvé les sources précises. Disons simplement que cette nouvelle respecte bien la construction littéraire à laquelle Lovecraft nous a habitué, avec un démarrage sur des considérations onirico-générales et une chute sur l’indicible. L’histoire met en scène Alijah Atwood (participant à l’expédition des Montagnes Hallucinées) de retour à Providence. Lors de ses pérégrinations, il tombe amoureux d’une maison dans Benefit Street, la maison Charrière, au sujet de laquelle courent d’étranges légendes. Il décide de se renseigner auprès de son confrère archéologue, le Pr. Gamwell, résidant Barnes Street (les Gamwell sont des ascendants de Lovecraft). Il apprend que le propriétaire, médecin biologiste, est décédé en 1927 mais que la maison est toujours parfaitement entretenue selon les volontés (et la générosité) du défunt. Malgré les réticences de Gamwell, il loue la maison pour six mois. L’examen du cabinet du docteur montre que celui-ci s’intéressait aux sauriens sur lesquels il faisait des recherches approfondies. Atwood cherche à documenter la vie de Charrière, mais ne trouve pas trace de sa naissance ; il repère en revanche un quidam à l’identité similaire, né à Bayonne en 1636. Gamwell lui décrit Charrière comme une salamandre qui aurait appris à marcher sur ses pattes de derrière, un homme glacial et inquiétant. Une vieille voisine de Benefit Street précise qu’il se promenait parfois avec une créature serpentine à ses pieds et que des bruits effrayants sortaient souvent du puits de son jardin. Atwood poursuit l’examen des papiers du défunt, même s’il est incommodé par une odeur de batraciens et perturbé par une présence qui rôde dans le bureau. Cela dit il tombe sur des notes de la main du Docteur, dont certaines très anciennes, ayant trait à la prolongation de sa propre existence et à des références à Cthulhu, Dagon, ainsi que sur une bibliothèque dans laquelle figurent les Unaussprechlichen Kulten, le Culte des Goules, les Manuscrits Pnakotiques… Il met également la main sur toute une série de fiches retraçant des croisements entre humains et batraciens dont une bonne partie auraient été réalisés à Innsmouth. Il sera interrompu dans ses recherches sur une nouvelle irruption de la présence sur laquelle il tirera avec son revolver. Le monstre prendra la fuite et ira se réfugier dans le puits. Grâce à une échelle scellée dans le mur, il y descendra, et empruntant un boyau latéral dans laquelle se trouve une tombe, celle de Jean-François Carrière, un reptilien vaguement humanoïde ensanglanté.
S’il n’y avait cette mention « à partir des notes de Lovecraft », on pourrait penser être en présence d’un pastiche assez classique, reprenant tous les poncifs du Mythe.