Chez le Bibliothécaire

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dimanche 29 novembre 2015

NOTES SUR LE NECRONOMICON GEORGE HAY / COLIN WILSON

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L’ouvrage dont il est fait mention a été édité par Nelville Spearman en 1978, traduit par Belfond en France (1979), puis publié par J’ai Lu l’Aventure Mystérieuse (1983), Belfond en une nouvelle édition (1996) et repris par le Pré aux Clercs (2008) sous forme de manuscrit ancien. Les deux dernières éditions sont postfacées par Joseph Altairac.



Résumé Wiki : En 1978, en Grande-Bretagne, un Necronomicon: The Book of Dead Names, dit Necronomicon Hay fut publié avec une préface par Colin Wilson (Version française chez Belfond, 1996). Celui-ci, après avoir été très critique de Lovecraft (le qualifiant d'« auteur malsain » au « style inauthentique ») dans son The Strength of Dreams en 1962, écrivit trois nouvelles du mythe de Cthulhu. Dans la préface qui lui fut commandée, il invente une histoire au livre publié. Selon lui, il aurait appris la possibilité de l'existence réelle du Necronomicon grâce au Al Azif de De Camp. Il serait alors entré en contact avec Robert Turner qui dirigeait le groupe de magiciens de l'Ordre de la Pierre Cubique, qui tentait alors de retrouver les sources de Lovecraft dans les grimoires médiévaux et George Hay, qui éditait des travaux sur le Necronomicon. Il aurait alors appris que le spécialiste autrichien de l'occulte, le docteur Hinterstoisser aurait des informations. Et en effet, ce dernier lui aurait révélé que le père de H. P. Lovecraft aurait appartenu à la franc-maçonnerie égyptienne. Celle-ci aurait encore possédé des secrets anciens remontant aux Sumériens et transmis à travers l'histoire, par Cagliostro par exemple. Winfield Lovecraft aurait alors appris comment déchiffrer un manuscrit très ancien : le Necronomicon. Cependant, la piste se serait arrêtée là. Colin Wilson aurait alors suivi celle de John Dee. Et en effet, dans les archives du British Museum, dans les papiers de Dee, il aurait retrouvé un Liber Logaeth (ou Liber Logaeath), une longue suite de lettres sans aucun sens. Grâce aux progrès de l'informatique cependant, il aurait pu enfin décrypter ce texte. Ce serait alors qu'il aurait découvert le Necronomicon, dans sa version John Dee. Il aurait alors réussi à persuader George Hay de le publier. En 1980, pour la sortie de l'édition de poche, Colin Wilson écrivit dans Fantasy Macabre un article précisant que l'histoire était totalement inventée, comme le livre. Il précisait que le premier indice était le titre. Necronomicon ne signifiant pas en latin Le Livre des Noms des Morts, l'ouvrage ne pouvait être qu'un faux. En 1984, dans le fanzine Crypt of Cthulhu, il raconta la véritable histoire de la création du Necronomicon Hay. La maison d'édition britannique Neville Spearman Ltd rééditait les œuvres de Lovecraft, Howard ou Ashton Smith. Son patron, Neville Armstrong eut l'idée de les accompagner d'un Necronomicon crédible. Il demanda à George Hay de s'en charger. Le premier jet n'était pas très bon. Hay consulta Wilson qui suggéra de demander à Turner de compléter le travail. Wilson se chargea ensuite de mettre sur pied un mythe crédible. Il se fit même écrire depuis l'Autriche par un ami une lettre signée du docteur Hinterstoisser. Le Necronomicon Hay est principalement un livre de magie. Il ressemble aux grimoires du type Clavicule de Salomon, mais en lien avec les « Grands Anciens ». Il explique commence leur dédier des autels, des épées cérémonielles, etc. L'ouvrage eut peu de succès et disparut rapidement, contrairement au Necronomicon Simon.


LES CHRONIQUES d'El'BIB : PRISONNIER DES PHARAONS, Lovecraft

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Prisonnier des Pharaons (1924) fait partie des « curiosités alimentaires » de Lovecraft. Il ne s’agit pas d’une révision, mais d’un texte écrit pour autrui, à la demande de J.C. Henneberg de Weird Tales. Sur base de quelques vagues notes du prestidigitateur Harry Houdini, relatant ses souvenirs d’un voyage en Egypte, l’auteur va bâtir un véritable conte de terreur marqué par sa propre griffe. Le narrateur (Houdini himself) profite de quelques jours de répit, lors d’un voyage vers l’Australie, pour visiter le pays des pharaons. Et le récit de débuter à la façon d’un guide touristique, remarquablement bien documenté. Puis le visiteur est entraîné, par l’intermédiaire de son guide, à assister à un combat rituel entre deux malfrats, au sommet d’une pyramide. La rixe terminée, les participants se tournent vers Houdini, le ligotent et le précipitent au fond d’un puits très profond. Il lui est implicitement reproché, de part ses talents de prestidigitateur, de défier la magie égyptienne, autrement plus puissante, et de lui lancer un défi : parvenir à s’en sortir. La victime perdra à plusieurs reprises connaissance, lors de sa descente aux enfers, agressé par des visions de dieux indescriptibles, de colosses marchant en compagnie d’androsphinx ricanant… Il reprendra connaissance et, grâce à son « art », parviendra à se dégager de ses liens. Explorant les lieux, il pénétrera dans un espace très vaste qui pourrait être « la chapelle d’entrée souterraine de Képhren le Vieux dans le Temple du Sphinx ». Après une nouvelle perte de conscience cauchemardeuse, il va assister à la célébration d’un culte très ancien, au son de flûte, sambusques, sistres… Défilent alors des cadavres hybrides conduits par le roi Khéphren et son épouse vampire Nitocris, se positionnant le long de l’entée d’un gouffre immense, dans lequel ils jettent « des sacrifices ». Et l’habitant du gouffre d’émerger, « masse assez lourde, jaunâtre et velue, agitée d’une espèce de tremblement nerveux. Presque aussi grande qu’un hippopotame, elle était dotée de cinq têtes séparées d’où émergeaient de curieux tentacules rigides… ». Le prestidigitateur arrivera à s’enfuir, persuadé que tout cela n’était qu’un mauvais rêve.
A noter :
° que la créature, typique des créations lovecraftiennes, n’est pas qualifiée. On ne sait pas s’il s’agit d’un Grand Ancien.
° Houdini sera ravi du travail, publié sous son seul nom dans la revue commanditaire. Il gardera contact avec Lovecraft et envisagera d’écrire avec lui un essai dénonçant l’astrologie. Mais il décédera avant d’avoir terminé le travail. Il en restera cependant des notes, dans les papiers de Lovecraft, connues sous le titre de The Cancer of Superstition ». 

A écouter ici :


jeudi 26 novembre 2015

LE NAIA MUSEUM à Rochefort-en-Terre




Belle surprise que la découverte, dans le cadre du Salon de la Littérature Populaire d’Elven, du NaÌa Museum, à Rochefort-en-Terre. Lisez le Musée de l’Art Fantastique, lové dans le parc du château de cette charmante bourgade médiévalo-celtique. 


Le cadre est à lui-même exceptionnel, avec son château, sa chapelle, son puits et sa vue sur les collines de grès. Quant à la genèse de ce musée, elle est tout simplement magique. Le Maire de la commune, ayant flashé sur les réalisations d’artistes de passage, leur a proposé un lieu « fixe » pour exposer. 



Et aujourd’hui, 43 artistes internationaux proposent leurs œuvres sur quatre salles. Il y a un parfum de Druillet, de Giger, une petite odeur de steampunk et des mobiles venus d’un autre monde. Pourquoi Naìa me direz-vous, tout simplement parce que c’était la sorcière du château ! 



Salle I, Duality/Paradox
(Jacob Rozlaski, Thomas Dubief, Andrew Gonzalez, Stefan Gesell….)





Salle II, Minerale Organique
((Ben Ridgway, Android Jones, Samuel Gomez…..



Salle III, Cabinet de Curiosité
(John Haley, Tim Roosen, Severina…)



Salle IV, Demeure des Géants
(Yoann Penard, Robert Venosa, Stefan Gesell)









On n’oubliera pas de prendre le catalogue qui à lui seul est un petit chef d’œuvre.
Merci à Florence de la Médiathèque qui nous a permis cette belle découverte. 


Plus ici :

JESUS THAUMATUGE par Bertrand Meheust

Conférence de Bertrand Meheust :
"Jésus thaumaturge
Enquête sur l'homme et ses miracles"
Le 11 décembre 2015, de 19h30 à 21h30, au Forum 104, à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Bertrand Méheust présentera son approche parapsychologique des miracles de Jésus lors d'une conférence-signature.


Présentation :

Jésus Thaumaturge - Enquête sur l’homme et ses miracles

Parmi les très nombreuses figures de Jésus, la plus évidente et la plus frappante, celle du thaumaturge réticent et miséricordieux, celle du guérisseur aux miracles, n’est plus abordée aujourd’hui qu’avec gêne, sous l’effet conjugué des interdits rationalistes et des orientations fidéistes. Tout se passe comme si les historiens contemporains s’interdisaient ainsi d’utiliser la principale source d’information dont ils disposent, à savoir que, précisément, Jésus fut un thaumaturge. Bertrand Méheust, en s’appuyant sur le corpus des sciences psychiques, s’emploie méthodiquement à explorer toute cette dimension négligée, en mettant de côté les déterminations de la théologie et les a priori de la raison dogmatique. Ni catéchisme confessionnel, ni plaidoyer rationaliste, cette enquête minutieuse et envoûtante nous replonge au coeur d’un mystère qui continue d’interroger notre temps. Du nouveau sur le cas Jésus ? Assurément.


Le conférencier :

Professeur de philosophie et sociologue, Bertrand Meheust s’est spécialisé dans l’étude scientifique des phénomènes parapsychologiques. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages (La Découverte, Les empêcheurs de penser en rond ... J’ai lu), parmi lesquels :
« Somnambulisme et médiumnité »
« Les miracles de l’esprit »
« 100 mots pour comprendre la voyance »
«  Alexis Didier, un voyant prodigieux »
« La politique de l’oxymore »


Informations pratiques :

FORUM 104

Salle Nymphéas
104 rue de Vaugirard
75006 PARIS
Métros : Saint Placide ou Montparnasse.
www.forum104.org

de 19H30 à 21H30
Accueil à partir de 19H

Tarif 15 euros et 12 euros pour les adhérents A-IMI à jour de leur cotisation.

Les places étant strictement limitées, il vous est conseillé de vous inscrire dès aujourd'hui.

mardi 24 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : BIFROST SPECIAL LOVECRAFT (2014)





Lovecraft is still alive, c’est ce qu’on peut légitimement penser en observant le torrent éditorial suscité par l’écrivain de Providence, et qui ne semble jamais devoir se tarir. Cette fois, c’est à la revue Bifrost (2014) de nous proposer un dossier HPL coordonné par Bertrand Bonnet. Un dossier « cash », qui met les points sur les i lorsque cela est nécessaire : non, Lovecraft n’était pas un ésotériste, bien sûr que non, le Necronomicon n’a jamais existé, évidemment que oui, l’auteur était raciste, mais non, ce n’était pas un ermite reclus…. Le dossier est constitué de toute une série de petits articles, courts mais très bien documentés. Après l’indispensable biographie, on ira à la recherche des influences de l’auteur, avec la place de choix qui revient à E.A. Poe. On disséquera le Mythe de Chthulhu, baptisé de la sorte par August Derleth alors que Lovecraft parlait de yog sothoteries ! Le rédacteur insiste aussi, à juste titre, sur la classification des créatures du panthéon (Autres Dieux, Dieux très anciens, Grands Anciens…) en soulignant que là encore c’est une initiative de Derleth. Puis ce sera un focus sur l’Appel de Cthulhu, écrit avec les tripes et beaucoup d’émoi. Nous aurons droit encore à une étude incontournable sur Lovecraft et la France sans laquelle l’œuvre du Maître n’aurait certainement pas eu la dimension qu’elle a aujourd’hui. Nous plongerons encore dans les Livres Maudits, en rappelant que malgré des demandes pressantes, Lovecraft n’a jamais voulu écrire le Necronomicon au risque de lui faire perdre son charme sulfureux. Le dossier se terminera par un guide de lecture bien étoffé.
Indispensable !

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : L'APPEL DE CTHULHU, Lovecraft

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L’Appel de Cthulhu (1926, Weird Tales 1928) est certainement la nouvelle la plus connue de Lovecraft, dans la mesure où elle constitue le texte fondateur du "Mythe". Elle s’ouvre du reste, dès les premières lignes, par un paragraphe très « réalisme fantastique » : Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c'est l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons ; alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres.
Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme de Boston, Francis Thurston, qui hérite des biens de son grand oncle, Georges G. Angell, professeur de langues sémitiques à l’université Brown de Providence. Ce dernier vient de mourir dans des conditions mystérieuses. Dans une cassette pleine de papiers regroupés dans un dossier intitulé « Le Culte de Cthulhu », il découvre une statuette de facture récente représentant un monstre repoussant. D’après les notes, elle serait l’œuvre d’un artiste décadent, Henry Wilcox que le professeur va rencontrer. Ce dernier est victime de cauchemars récurrents (entre le 28 février et le 2 avril 1925) dans lesquels il voit d’étranges structures cyclopéennes, le monstre, et entend une lancinante invocation : Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn ! Iä Iä, Cthulhu fhtagn ! Puis, lors d’un congrès d’archéologie à la Nouvelle Orléans, le professeur rencontre un inspecteur de police, Legrasse, qui vient témoigner de la tenue d’un étrange culte dans la région et exhibe une statuette identique à celle de Wilcox. L’enquête menée par le policier et ses hommes aboutit à des conclusions étonnantes : Ils adoraient, disaient-ils, les Grands Anciens, qui avaient vécu des éons avant l'Homme. Ils étaient venus du ciel, quand le monde était encore jeune. Ces Grands Anciens s'étaient retirés dans les entrailles de la terre ou au plus profond des océans ; mais leurs cadavres avaient révélé leurs secrets à travers les rêves des premiers hommes qui avaient fondé une secte qui perdurait encore. D'après l’un des cultistes, le cœur de la secte se trouvait dans les déserts inexplorés d'Arabie, au sein d'Irem la Cité des Piliers, Celle-qui-Songe, l'Intouchée. Cette religion n'avait aucun lien avec le culte des sorcières européen et, hormis ses fidèles, nul ne le connaissait. Aucun livre n'en faisait clairement mention, même si, d'après les Eternels Mandarins, les connaisseurs pouvaient trouver des double-sens troublants dans le Necronomicon.
Après la disparition de son oncle, le jeune Francis Thurston va poursuivre l’enquête et tombe sur le récit mystérieux du naufrage d’un marin norvégien qui aurait vu une étrange île dans le Pacifique. Il s’agit de la Cité de R’Lyeh dans laquelle trône Cthulhu. Il perd la raison et décédera peut après son retour en Norvège.

° Cthulhu. On dit souvent que Lovecraft suggère plus qu’il ne décrit. Et pourtant ici, les descriptions du Grand Ancien sont nombreuses et détaillées : Surplombant cette écriture inconnue, se trouvait une forme censée de toute évidence représenter quelque chose, mais dont la réalisation impressionniste empêchait tout idée précise quant à sa nature. On eut dit une sorte de créature, ou de symbole monstrueux, dont l'aspect n'avait pu jaillir que d'un esprit malade. Si j'avouais que mon imagination fertile y vit tout à la fois une pieuvre, un dragon et la caricature d'un être humain, je ne trahirais pas l'aspect général de la chose. Une tête visqueuse à laquelle se greffaient des tentacules surmontait un corps écailleux pourvu d'ailes rudimentaires ; mais c'était la silhouette dans son ensemble qui rendait la créature aussi terrifiante. Derrière elle, on pouvait deviner les éléments d'une architecture cyclopéenne.

° R’Lyeh. Il en est de même de la cité de R’Lyeh, décrite avec minutie, avec ses angles impossibles, ses portes qui défient toute géométrie et son repoussant monolithe.

° Livres. Un bon récit lovecraftien s’appuie évidemment sur des livres. Le Necronomicon est en bonne place, mais aussi des ouvrages réels comme L’Histoire de l’Atlantide et La Lémurie perdue de Scott-Elliot, Le Rameau d’or de Frazer, ou encore Le Culte des Sorciers en Europe Occidentale de Margaret, Murray.

° Parmi les artistes particulièrement sensibles qui auraient eu de visions similaires à celle de Wilcok, Lovecraft cite Ardois-Bonnot, peintre français qui aurait réalisé Paysage de Rêve. La Clef d’Argent, sur son site, rebondit sur cette « mystification » : « Félicien Ardois-Bonnot  (1885-1926) demeure sans doute «[...] pour le grand public, l'un des derniers peintres français d'inspiration authentiquement symboliste» s'il faut en croire John Coolter, le célèbre critique britannique, ami de l'artiste. En effet, Ardois-Bonnot est avant tout considéré et apprécié pour des toiles datant de sa première période comme Eau Morte (1910) ou Le jardin allégorique (1912) où se retrouvent, selon la belle expression de Francis Vielé-Griffin qui définissait ainsi le Symbolisme, «[...] la passion du mouvement au geste infini, de la Vie même, joyeuse ou triste, belle de toute la multiplicité de  ses métamorphoses, [...] riche du lyrisme éternel.»
On ignore bien souvent qu'à partir de 1925 et jusqu'en juin de l'année suivante, date à laquelle il mourut des suites d'un accident de la route survenu dans des circonstances encore mal définies, il avait entamé bien malgré lui une sorte de seconde carrière, en essayant de matérialiser par des œuvres oppressantes et sombres les rêves récurrents qui l'assaillaient depuis qu'une nuit d'avril 1925, lui avaient été révélées, comme il le nota dans son journal, «les terribles perspectives d'une ville sous-marine où dormait de toute éternité une créature gigantesque appelée à s'éveiller un jour». Rares, pourtant, sont les témoignages de cette époque, puisqu'il brûla presque toutes ses nouvelles œuvres, à l'exception notable de Paysage de rêve, qui avait fait scandale au Salon de Printemps de Paris, et de quelques esquisses. »

AU FIL DE LA SEINE


mardi 17 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, LA TOMBE de Lovecraft





Si l’on essaie d’établir une typologie schématique de l’œuvre de Lovecraft, on peut classer ses fictions en trois catégories : celles qui relèvent du Mythe de Cthulhu, celles qui développent la thématique des Contrées du Rêve et celles qui ressortent du récit d’horreur. Nous sommes dans cette dernière catégorie avec La Tombe (1917) ; il s’agit d’une sorte de pastiche « gothique » avec lequel l’auteur semble aiguiser ses armes. L’histoire est ultra-simple. Un jeune homme (cette fois nommé, Jervas Dudley) mène une vie d’oisif dilettante dans le manoir de ses parents.
Les hommes doués intellectuellement savent qu'il n'y a pas de différence nette entre le réel et l'irréel, que les choses ne nous apparaissent qu'à travers la délicate synthèse physique et mentale qui s'opère subjectivement en chacun de nous. Mais le matérialisme prosaïque de la majorité condamne comme folie les éclairs de voyance qui déchirent, chez certains, le voile habituel de l'empirisme banal.
Il passe donc son temps à rêvasser dans le parc dans lequel il trouve l’entrée d’une tombe. Il découvre que celle-ci abrite les corps d’une famille qui vivait dans un château attenant et qui a brûlé. Il découvre aussi qu’il a appartenu à la-dite famille. Il finit par pénétrer dans le caveau où se trouve…. sa propre tombe. Celle-ci est vide, car il a brûlé lors du drame. Il se couche dans ladite tombe et devient fou. Il finira ses jours dans un asile.
L’histoire prête presque à sourire, mais est sauvée par le style inimitable de l’auteur.

vendredi 13 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : NECRONOMICON ET AUTRES OUVRAGES IMPIES




Je n’ai pas de honte à avouer que j’aime beaucoup le jeu de rôle et, même si je ne le pratique plus guère, je garde un excellent souvenir de mes campagnes de L’Appel de Cthulhu. En tant que fan de Lovecraft, je considère que c’est un excellent moyen de plonger dans les univers du Maître, de se les approprier et de les creuser à sa guise. Cela est d’autant plus agréable que les supports de jeu édités en ce domaine sont souvent d’une excellente qualité. Chaosium, Descartes et maintenant Sans-Détour font vraiment un travail remarquable. Exemple ce magnifique livre grand format de 240 pages imprimé sur papier à l’ancienne intitulé Necronomicon et autres ouvrages impies (Sans-Détour 2012). Une belle encyclopédie, superbement illustrée, qui traite des odieux opuscules, des ouvrages du Mythe, des livres occultes et des artefacts du Mythe. Il ne s’agit pas d’un monument d’érudition, comme l’a fait Joan Stanley avec son Ex Libris Miskatonici (Necronomicon Press, 1993 et Bulletin de l’Université de Miskatonic no 5 pour sa version française, également reprise sur le site de l’ODS)). Mais d’une promenade imaginaire parmi les manuscrits sulfureux, entrecoupés de mini-nouvelles pour faire bien mesurer au lecteur le danger de ces ouvrages.
Se lit sans problème, même si vous n’êtes pas rôliste.

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : NYARLATHOTEP, Lovecraft




Avec Nyarlathotep (1920, United Amateur), le panthéon lovecraftien prend véritablement naissance avec l’arrivée de Nyarlathotep. La nouvelle est courte, sorte de poème en prose, et nous décrit l’entrée dans la ville (non précisée) du Pharaon Noir, un être qui serait sorti des ombres antiques des pyramides égyptiennes. Nyarlathotep voyage de ville en ville pour apporter un savoir impie qui dépasse l'être humain et le rend fou.
[1]Dans une lettre de 1921 à Reinhardt Kleiner, Lovecraft relie le rêve qu'il a fait - décrit comme « le plus réaliste et horrible (cauchemar) que j'ai fait depuis l'âge de dix ans » - à sa poésie en prose Nyarlathotep. Dans ce rêve, il reçoit une lettre de son ami Samuel Loveman qui dit : « Ne manquez pas d'aller voir Nyarlathotep s'il vient à Providence. Il est horrible - horrible au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer - mais merveilleux. Il vous hante des heures durant. Je frissonne toujours à ce qu'il m'a montré. »
Lovecraft commente : « Je n'avais jamais entendu le nom Nyarlathotep avant, mais avais semblé comprendre l'allusion. Nyarlathotep était un genre de showman ou conférencier ambulant qui se produisait en public et ses expositions éveillaient des discussions et de la peur. Ces exhibitions étaient composées de deux parties : d'abord, une horrible et probablement prophétique bobine de cinéma ; et plus tard quelques expériences extraordinaires avec des appareils scientifiques et électriques. Quand j'ai reçu la lettre, j'ai semblé me rappeler que Nyarlathotep était déjà à Providence.... J'ai semblé me rappeler que des personnes m'avaient chuchoté dans la crainte ses horreurs, et m'avaient averti de ne pas aller le voir. Mais la lettre rêvée de Loveman m'a décidé.... Quand je suis sorti de la maison, j'ai vu la rue remplie d'hommes marchant lourdement dans la nuit, tout en chuchotant apeurés et se rendant au même endroit. Je suis allé avec eux, effrayé et pourtant désireux de voir et d'entendre le grand, l'obscur, l'inexprimable Nyarlathotep »— H. P. Lovecraft, Letter to Reinhardt Kleiner (21 décembre 1921; cité par Lin Carter, Lovecraft: A Look Behind the Cthulhu Mythos, pp. 18-19.

Pour la suite de l’étude de la création du « Mythe », il est intéressant de noter que cette créature fera partie de la catégorie des Autres Dieux, par opposition à la famille des Grands Anciens[2] qui ne peuvent être assimilés à de véritables divinités. Les Autres Dieux se divisent eux-mêmes en deux groupes, les les Dieux Très Anciens et les Dieux Extérieurs. Ces derniers n’interagissent pas avec les hommes, c’est leur intermédiaire, Nyarlathotep qui s’en charge. Il sera plus tard surnommé Le Chaos Rampant ou l’Âme des Dieux. Selon Jérôme Bouscaut, « cette dénomination semble suggérer qu’il représente l’essence commune entre tous les Dieux Extérieurs, telle une divinité source[3]


[1] Wikipédia
[2] Ceux-ci seront rarement nommés, à l’exception de Nodens, Bast et Hypnos.
[3] Préface au premier volume de Cthulhu, le Mythe chez Bragelone, 1912.

jeudi 12 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : PAR DELÀ LE MUR DU SOMMEIL, Lovecraft






Selon S.T. Joshi, la nouvelle Par delà le Mur du Sommeil (Pine Copes 1919, Weird Tales 1938) aurait été inspirée à Lovecraft par la lecture d’un article du New York Tribune concernant les populations des Montagnes Catskill dans l'état de New-York. Il s’agit du récit d’un jeune homme (non nommé) qui travaille dans un hôpital psychiatrique dans lequel va être interné, suite à un meurtre, un certain Joe Slater, paysan demeuré de la région des Catskill. Celui-ci est atteint de violences crises dé démence, dont il ressort en décrivant une entité flamboyante vivant aux confins de l’espace et dont il désire se venger.
Le narrateur apporte un engin qu’il a mis au point, sorte de capteur psychique, pour tenter de pénétrer les visions du patient. En février 1901, une entité supérieure prend possession de son corps et révèle au narrateur qu’ils sont tous deux des « frères de lumière », que Slater va bientôt mourir et qu’il va pouvoir affronter son « oppresseur », Algol[1], l’étoile du démon.
Slater meurt en effet dans la nuit, et le narrateur apprend que le 22 février 1901, une nouvelle étoile a été découverte à proximité d'Algol, a brillé de façon très intense pendant deux semaines, puis semble avoir pratiquement disparu.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une histoire relevant du « Mythe », même si la nouvelle a été reprise dans le recueil Bragelone (Tome 2, 2015).


[1] Wikipédia : Algol (Beta Persei, ou Bêta de Persée en français, en abrégé β Per) est une étoile variable à éclipses de la constellation de Persée, de magnitude 2, qui varie périodiquement tous les 2 jours et 21 heures environ. Algol a un compagnon sombre qui l'occulte et est responsable de sa baisse de luminosité, il s'agit donc d'une binaire à éclipses (elle est d'ailleurs le prototype des variables de type Algol).
La distance qui nous sépare d'Algol est de 92,8 années-lumière.
Étymologiquement, Algol dérive de l'arabe ra's al-ghoul رأس الغول: «la tête (ra's) de l'ogre (al-ghoul, goule)». En astronomie chinoise, cette étoile fait partie de l'astérisme Daling, qui représente un mausolée.
Possédant un mouvement propre très petit comparé à sa vitesse radiale, Algol est passé non loin du Système solaire il y a 7,3 millions d'années. Il n'est pas exclu qu'elle ait pu perturber le nuage d'Oort en cette occasion, et provoquer un afflux de comètes vers le système solaire interne.

mercredi 11 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : AZATHOTH, Lovecraft





Azathoth (1922, Leaves 1938) est une micro-nouvelle (2 pages dans l’édition Bragelone, tome 2, 2015) qui laissera sur leur faim tous les cultistes. Car malgré son titre qui fleure bon les Anciens Dieux, il n’est pas question ici de l’une des créatures majeures du « Mythe ». Mais d’un quidam (non nommé) qui végète dans une tour anonyme et qui par sa fenêtre, ne voit que la grisaille d’autres tours. Jusqu’au jour où, en se penchant dangereusement, il finit par apercevoir le ciel et les étoiles qui l’emmèneront dans un monde merveilleux !

POLITICA HERMETICA ET L'ISLAM



XXXI colloque international
POLITICA  HERMETICA


 samedi 5 décembre 2015 à l'Ecole pratique des hautes Etudes,
190 avenue de France, Paris, salle 123, 1e étage
METRO : BIBLIOTHEQUE FRANÇOIS MITTERRAND


La réception de l'Islam et du soufisme dans l'ésotérisme occidental



Programme

9 heures 15
1)   Pierre Lory : « Imaginer l'imaginal, trajectoires d'un concept islamique en occident. »
2)   Jean-Claude Le Bras : « Le pouvoir colonial face au confréries soufies en Afrique subsaharienne : 1900-1940. »
3)     Marco Pasi : « Crowley et l'Islam. » (titre provisoire).



14 heures 30

4)   Mark Sedgwick : « Soufisme traditionnel et politiques radicales : d'Yvan Aguéli aux Murabitun.»
5)   Thierry Zarcone: « De quelques chorégraphies d'inspiration soufie chez Gurdjieff. »
6)     Massimo Introvigne : « Un Islam de pacotille, Shrine et Black Shrine entre franc-maçonnerie, divertissement et ésotérisme. »

mardi 10 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, DAGON, Lovecraft





Dagon fait partie des premières nouvelles de Lovecraft (1917, The Vagrant 1919) et constitue un des tous premiers prémices du « Mythe ». Il s’agit du récit d’un officier de marine (non nommé) qui, après le naufrage de son navire, arrive à se sauver dans une embarcation ; celle-ci va se retrouver prisonnière d’une matière visqueuse qui recouvre l’océan et qui se solidifie progressivement. Le naufragé poursuit son périple à pied en direction d’une colline du haut de laquelle il aperçoit un monolithe blanc recouvert d’étranges symboles aquatiques. Et là entre en scène un monstre répugnant qui enserre de ses tentacules le monument. Le marin perd la raison, s’enfuit et reprend connaissance à l’hôpital de San Francisco. Retourné chez lui, il interroge une relation ethnologue sur la légende philistine de Dagon, le Dieu poisson. Il sombre dans la folie, hanté par d’horribles cauchemars alors que sa maison vibre sous d’étranges grattements. Il finit par se suicider.

Il n’est pas encore question ici de « Grands Anciens », mais apparaît dans ce texte court un premier « monstre », qui n’est pas à proprement parler une création lovecraftienne, mais un emprunt à la mythologie. Dagon, forme ancienne Dagan, est un important dieu des populations sémitiques du Nord-Ouest. Il est le dieu des semences et de l'agriculture et fut un des dieux principaux des Philistins. Très tardivement dans son histoire, à partir du IVème siècle ap. J.-C., on le trouve représenté sous la forme d'un poisson (dag en hébreu).
[1]La Bible mentionne la présence de statues de Dagon dans le camp des Philistins, les principaux ennemis du peuple hébreu dans le livre des Juges et les livres de Samuel. L'histoire se passe après la prise par les Philistins de l'arche d'alliance.
« Les Philistins prirent l’arche de Dieu, et ils la transportèrent d’Ében Ézer à Ashdod. Après s’être emparés de l’arche de Dieu, les Philistins la firent entrer dans la maison de Dagon et la placèrent à côté de Dagon. Le lendemain, les Ashdodiens, qui s’étaient levés de bon matin, trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l’arche de l’Éternel. Ils prirent Dagon, et le remirent à sa place. Le lendemain encore, s’étant levés de bon matin, ils trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l’arche de l’Éternel ; la tête de Dagon et ses deux mains étaient abattues sur le seuil, et il ne lui restait que le tronc. C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les prêtres de Dagon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon à Ashdod ne marchent point sur le seuil. » La Bible, Premier livre de Samuel, chapitre 5, versets 1 à 5


[1] Wikipédia

lundi 9 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE MOLOSSE, Lovecraft





Le Molosse (The Hound, 1922, Weird Tales 1924) est une nouvelle importante dans la création du « Mythe ». C’est en effet dans ce texte, fort court au demeurant, que le Necronomicon va faire son apparition officielle. En 1922, alors qu’il séjournait à New York chez Sonia Greene, sa future épouse, l’auteur visita le vieux cimetière hollandais de Flatbush (Brooklyn), visite qui le marqua profondément et dont il s’inspira pour sa nouvelle.
Il s’agit du récit d’un illustre anonyme qui, avec son ami Saint John, collectionne dans les sous-sols de sa vieille demeure des choses répugnantes : cadavres, momies, sculptures diaboliques etc. Lovecraft les décrit comme deux dilettantes, esthètes du macabre. Ils se rendent en Hollande, dans un cimetière lugubre qui aurait abrité une goule. Profanant la tombe, ils y trouvent un squelette bien conservé et une mystérieuse amulette qu’ils s’empressent de subtiliser 
 Mais nous y reconnûmes, nous, tout de suite, la chose dont il est question dans le Necronomicon, l’ouvrage interdit de l’Arabe fou, Abdul Alhazred, le symbole spirituel et spectral du culte nécrophage de l’inaccessible Leng, au cœur de l’Asie Centrale.

« [1]Lovecraft nous apprend ici qu’Abdul Alhazred fut un démonologue, dont les sombres écrits lui furent chuchotés par des manifestations spirituelles. Le Nécronomicon se présente alors comme l’antithèse des livres saints, non pas dicté par la parole divine mais par des êtres maléfiques ou des forces surnaturelles. Le plateau de Leng, région fictive d’Asie centrale, renforce la crédulité du lecteur, qui ne sait si Lovecraft se réfère à une véritable région géographique mystérieuse ou à une pure invention. Cette région mystérieuse, berceau de cultes ancestraux et occultes, apparaît pour la première fois dans Celephaïs (1920). Lovecraft y fera à nouveau référence dans de nombreux autres textes. Ainsi dans La Quête onirique de Kadath l’inconnue, il s’agit d’une région accessible par les rêves de Randolf Carter, tandis que dans Les Montagnes Hallucinées, les scientifiques de l’expédition Miskatonic supposent l’avoir découverte en plein cœur de l’Antarctique. Toujours est-il que les cultes de Leng ainsi que leurs significations sont largement documentés dans l’ouvrage de l’Arabe fou, et que nos deux dilettantes anglais n’ont de cesse de se référer au vieux grimoire :
 Nous interrogions souvent le Necronomicon d’Alhazred pour y découvrir ses propriétés particulières, en même temps que les rapports entre les âmes des fantômes et les objets qu’elle symbolisait ; et ce que nous découvrions n’était pas sans nous inquiéter. 

De retour en Angleterre, nos deux comparses vont progressivement s’enfoncer dans l’horreur : bruits affreux, grognements effrayants, aboiements terrifiants autour de leur manoir. Saint John en fera les frais, et son ami retrouvera son cadavre déchiqueté. Pris de panique, il retournera en Hollande pour restituer l’amulette maudite à « son propriétaire », démarche qu’il ne pourra mener à bien, se faisant voler la précieuse relique. Ce qui ne l’empêchera pas de retourner au cimetière et de rouvrir la tombe pour y découvrir non plus un squelette, mais une créature sanguinolente qui s’agite. Il se suicidera suite à cette vision.


[1] D’après le site « le Traqueur Stellaire ».

dimanche 8 novembre 2015

LES CHRONIQUES D'EL'BIB, LE FESTIVAL, Lovecraft




Avec Le Festival (1923, Weird Tales 1925), les contours du « Mythe » continuent de se préciser. Il est question (encore une fois) d’un voyageur anonyme qui se rend à Kingsport, antique ville maritime, pour participer à une cérémonie à laquelle il a été convié par sa famille, le Festival. Celui-ci est célébré une fois par siècle, afin que ne soit pas oublié le souvenir des secrets familiaux. Le petit port semble désert, délabré, et aucune trace de pas ne marque la neige abondante en ce jour de Yule (Noël).

Kingsport est une des cités imaginées par Lovecraft, inspirée par Marblehead dans le Massachusets, à proximité de Salem. Elle a été fondée en 1639 par des colons du sud de l’Angleterre. Elle est devenue rapidement un port très actif et un important centre de constructions navales. A l’instar de sa célèbre voisine, elle fut touchée par « la vague locale de sorcellerie » et quatre supposées possédées y furent pendues en 1692. La cité se mit à décliner au XIX ème siècle, se repliant sur ses activités de pêche.

Notre visiteur se rend dans la maison de sa famille où résident deux personnes très âgées. On le fait patienter devant une petite table sur laquelle sont déposés :
° l’antique et délirant Merveilles de la Science du vieux Morryster, création de Lovecraft,
° l’horrible Saducismus triumphatus de Joseph Glanvill, publié en 1681 qui lui a bien existé. Je cite wikipédia : « Saducismus triumphatus1 est un livre traitant des sorcières écrit par Joseph Glanvill, publié à titre posthume en Angleterre en 1681.
L'éditeur est probablement Henry More, qui a contribué de façon certaine au volume ; des annotations au sujet de la sorcellerie en Suède ont été ajoutées par Anthony Horneck aux éditions suivantes. Sur celle de 1683, cela représente de longues appendices2. La contribution de Horneck s'appuie sur un pamphlet néerlandais de 16703,4.
Le livre affirme l'existence de sorcières maléfiques au pouvoirs magiques surnaturels, et attaque le scepticisme concernant leurs compétences. Glanvill associe ces sceptiques aux Sadducéens, une secte juive du temps de Jésus qui étaient réputés pour nier l'immortalité de l'âme, d'où le titre du livre : Saducismus triumphatus signifie en latin « La défaite des Sadducéens »5. Le livre analyse aussi une ancienne histoire de poltergeist intitulée Drummer of Tedworth (« Le tambour de Tedworth »). »
° la choquante Démonolâtrie de Nicolas Rémy, imprimée à Lyon en 1595. Ouvrage réel lui aussi, écrit par un procureur général lorrain qui s’illustra pour avoir conduit au bûcher de nombreuses « sorcières ».
° le fameux Necronomicon, dans sa traduction latine d’Olaus Wormius.

La petite équipe va se rendre sur le lieu de la cérémonie, emportant le dernier ouvrage. On pénétrera dans une église blanche, on descendra dans les sous-sols pour atteindre une vaste cave avec un lac au-dessus duquel planent d’horribles créatures qui tiennent du corbeau, de la taupe, de la chauve-souris et du cadavre humain en décomposition. Le point d’orgue du rituel sera d’enfourcher une de ces charmantes bestioles, ce que sera incapable de faire notre visiteur. Il préférera se jeter dans le lac. Il se réveillera à l’hôpital d’un Kingsport contemporain avant d’être transféré à celui d’Arkham. Et sous forme de clin d’œil, il persuadera le médecin de pouvoir consulter l’exemplaire du livre maudit détenu la la bibliothèque de l’université.

Pour les amateurs, signalons que cette nouvelle contient une première citation du Necronomicon :

Les cavernes les plus profondes ne peuvent pas être aperçues par les yeux qui voient, car elles recèlent d'étranges et terrifiantes merveilles. Maudite soit la terre où les pensées mortes revivent sous des formes étranges, et damné soit l'esprit que ne contient aucun cerveau. Ibn Schacabao a dit, très justement, qu’heureuse est la tombe où n'a reposé aucun sorcier, qu’heureuse est la ville dont les sorciers ont été réduits en cendres. Car il est notoire que l'âme de celui qui a été acheté par le diable ne sort pas de son charnier d'argile mais nourrit et instruit le ver qui ronge jusqu'à que de la décomposition jaillisse la vie, et que les nécrophages de la terre croissent et deviennent assez puissants pour la tourmenter, et s'enflent monstrueusement pour la dévaster. De grands trous sont creusés en secret là où les pores de la terre devraient suffire, et les choses qui devraient ramper ont appris à marcher.