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mardi 21 mars 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LA PIERRE PHILOSOPHALE, Colin Wilson





La Pierre Philosophale (Colin Wilson, Néo 1982) est un livre important, car s’il s’agit bien d’un roman, il se présente sur les 2/3 du texte comme un traité, aux frontières de la science, de la philosophie et de l’ésotérisme. Le personnage principal, Howard Lester, nous entraîne dans une réflexion étourdissante sur les deux sujets qui le préoccupent depuis son plus jeune âge : comment élargir ses niveaux de conscience ? Est-il possible de ralentir le processus du vieillissement par une activité cérébrale soutenue ? Avec un de ses compères, le savant Henry Littleway, il arrive à la conclusion que la réponse à ces questions se trouve dans le cortex préfrontal et que, moyennant une très légère intervention chirurgicale, il est possible « d’ouvrir les portes ». Opération qu’ils ne manqueront pas d’effectuer sur eux-mêmes, nous entraînant dans une aventure puisant profondément ses racines dans la mythologie lovecraftienne. Il leur est en effet possible de voir dans le passé et de remonter aux origines de l’humanité. Leurs visions, confortées par la lecture d’un codex maya, Le Codex Vaticanus et d’extraits du Necronomicon repris par le manuscrit Voynich, nous font revivre la création de l’homme par les Grands Anciens, la grandeur et la décadence de Mû dont le grand prêtre était K’thlo (certainement le Cthulhu de Lovecraft nous précise l’auteur).
 Les Grands Anciens disposaient d’un immense pouvoir. En observant les hommes, ils comprirent la puissance de l’imagination humaine, lorsqu’elle est nourrie d’idéal et d’optimisme. Et ils comprirent qu’il leur fallait prendre le risque de développer, aussi, la délicatesse et la précision, d’arriver à concentrer leur incroyable puissance. Ils passèrent alors par une phase d’acquisition d’un nouvel état de conscience, individualisé, au cours de laquelle ils laissèrent faire leurs instincts. Au début, ce fut un succès, jusqu’au jour où les instincts refoulés explosèrent, détruisant les civilisations de Mû et ses serviteurs humains. Seuls quelques-uns survécurent.


Outre le Necronomicon, sont cités dans ce roman

° Les Secrets de l’Atlantide de Gabriel Guénon (Secrets of Atlantis, 1941) qui traite des Grands Anciens qui dorment depuis 7 millions d’années après avoir dominé la terre. L’auteur reprend les propos de Lovecraft qui, pour lui, sont tout ce qu’il y a de plus exact. Il se réfère notamment au Necronomicon dont il a vu une copie. Il étudie également la théorie d’Horbiger selon laquelle chaque « catastrophe lunaire » s’est accompagnée d’une dégénérescence de l’humanité.

° Le Codex Vaticanus qui est l’un des rares ouvrages mayas à avoir survécu à l’envahisseur espagnol. Il se présente sous la forme d’un rouleau de papier de 2,10 m de long sur 25 cm de large, plié en accordéon et orné de dessins de divinités mayas.
Ils [les Grands Anciens] fendirent la terre en deux et emprisonnèrent les singes sous la montagne de Kukulkan pendant une période d’un katun [20 ans]. Quand ils ressortirent, ils avaient perdu leurs poils et leur peau était devenue blanche à cause de l’obscurité.
Il s’agit du plus ancien des ouvrages mayas connus. C’est une sorte de Popol Vuh qui contient le récit de la création et le début de l’histoire des Mayas. En haut de la cinquième page, on trouve cette histoire curieuse : « Ghatano-thoa, connu aussi sous le nom de père Yig, descend sur terre et tente de violer la déesse de l’aube au moment où elle se baigne dans la mer. Elle réussit à s’échapper et le sperme de Yig se répandit sur toute la terre et donna naissance à tous les êtres vivants ». C’est ainsi que l’homme est apparu, les Grands Anciens le sortant de la bestialité pour en faire leur serviteur.

° Les Mythes de la création de Otto Carolyi, 10 volumes publiés à Budapest entre 1940 et 1953. Il tente de démontrer que les mythes sont de la poésie, une des premières créations de l’esprit humain.

° La plus vieille histoire du monde, telle qu’elle a été révélée par la science occulte à Detroit, Michigan de Benjamino Evangelista (1906). Ce livre, très mal écrit, est l’œuvre du fondateur et chef illuminé d’une secte religieuse de Detroit. L’homme retrace l’histoire de la Terre, évoque l’existence des Grands Anciens et fait de multiples allusions au Necronomicon, qu’il désigne sous les noms de Necremicon. Necronemicon ou l’encore Necromicon. Il est intéressant de noter que ces références sont antérieures à la première « apparition » du livre maudit dans l’œuvre de Lovecraft (La Cité sans Nom, 1921). En 1929, Evangelista est assassiné, ainsi que sa femme et ses quatre filles : le coupable n’a jamais été retrouvé.
En fait, nous sommes à la jonction du réel et de l’imaginaire. Colin Wilson a utilisé un fait divers authentique et un livre bien réel, mais dans lequel il a injecté une référence au Necronomicon. On lira à ce sujet l’enquête effectuée sur cet ouvrage par Daniel Harms dans ses Necronomicon Files (page 66, cf bibliographie).

° Le manuscrit de Lang. L’introduction de ce manuscrit est une façon originale de faire la jonction avec la fameuse nouvelle necronomiconesque de l’auteur, Le Retour des Loigors, cf 1969). L’universitaire Paul Dunbar Lang avait en effet réussit à décrypter le Manuscrit Voynich et arrivé à la conclusion qu’il s’agissait d’un extrait du Necronomicon. Il entreprit de mener un combat pour avertir l’humanité de la menace d’un retour imminent des Grands Anciens, mais périt dans un accident d’avion.
Le livre au nom maudit contient l’histoire de ce qui fut avant l’homme. Les Grands Anciens était un et plusieurs.    Leurs âmes n’étaient pas séparées comme celle des hommes, mais ils avaient chacun une volonté propre. Certains disent qu’ils étaient venus des étoiles ; d’autres qu’ils furent l’âme de la terre quand elle fut formée à partir d’un nuage. Car toute vie vient de l’au-delà, où il n’y a pas d’état de conscience. La vie avait besoin d’un miroir, aussi elle envahit ce le monde de la matière, mais ce faisant, elle devint son propre ennemi, car il lui fallut assumer une forme. Les Grands Anciens voulaient éviter ceci, c’est pourquoi ils rejetèrent le lourd support matériel du corps. Mais ils perdirent le pouvoir d’agir et alors ils eurent besoin de serviteur.



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