Chez le Bibliothécaire

Chez le Bibliothécaire
Bienvenue

vendredi 24 novembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LE SCEAU DE R'LYEH, August Derleth





Le Sceau de R’Lyeh (August Derleth 1957, in Tome III, Robert Laffont). Encore un texte terriblement téléphoné, la clef de l’énigme nous étant donnée dès les premiers paragraphes. Il s’agit du dernier des rejetons de la branche des Phillips qui hérite de son oncle d’une maison sur un promontoire près d’Innsmouth. Une demeure qui remue parfois comme si elle était édifiée sur un « immense corps vivant ». Il se plonge dans l’étude des papiers et des ouvrages du défunt et découvre que ce dernier était à la recherche du « sceau de R’Lyeh », afin de libérer Cthulhu prisonnier au fond de l’océan. Toute la littérature maudite sera bien évidemment sollicitée (Sussex Fragments, Manuscrits Pnakotiques, Culte des Goules, Livre d’Eibon, Unaussprechlichen Kulten) et le Necronomicon consulté à l’université de Miskatonic. Il plongera également dans la fiction de Lovecraft, riche en enseignements. Avec l’aide de sa gouvernante, Ada Marsh, descendante d’Obadia Marsh, il découvrira dans sa maison un tunnel qui descend dans une grotte sous la maison et exploreront ensemble ce qu’il reste du Récif du Diable. Ils constateront à cette occasion qu’ils n’ont pas besoin d’appareil de plongée mais sont capables de « respirer » sous l’eau. Fort des indications trouvées dans les papiers de l’oncle, ils monteront une expédition à Ponape et finiront par localiser R’Lyeh où ils feront sauter le sceau qui emprisonne Cthulhu.
Une nouvelle sans grand intérêt dans laquelle, une fois de plus, Derleth transforme la mythologie lovecraftienne en lui donnant le parfum chrétien du bien et du mal.


LE TRIANGLE DES BERMUDES AU CACHOT DE SENLIS le 10 février


jeudi 23 novembre 2017

LE JOURNAL DE L'ABBÉ SAUNIÈRE (1901-1905)




Un ouvrage qui fera date :


En 1917 s’éteignait Bérenger Saunière, ancien curé de Rennes-le-Château, personnage emblématique de la plus connue et captivantes des histoires de trésors. Un siècle plus tard, Patrick Mensior, chercheur émérite et reconnu dans la saga castelrennaise, propose de découvrir le quotidien de ce prêtre à travers un témoignage on ne peut plus direct communiqué amicalement par Philippe Marlin, éditeur, lui aussi passionné par l'histoire de l'affaire : le journal personnel de Bérenger.
Patrick Mensior met ses qualités de chercheur et de documentaliste au service de cette archive inédite, en y apportant des commentaires avisés.
En annexe, il émet une hypothèse documentée en guise de conclusion : tout proche du village, l'abbé aurait retrouvé un trésor dissimulé au XVIII ème siècle dans lequel il s'autorisa à puiser jusqu'en 1905. Cette année-là, après la survenue d'un accident qu'il considéra comme un avertissement du Ciel, il décida d'en refermer l'accès et n'y retourna jamais...


On commande ici

mercredi 22 novembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : LES PEINTURES INCONNUES D'ALEISTER CROWLEY




 The Sun, auto-portrait

Les Peintures inconnues d’Aleister Crowley (catalogue de l’exposition 2008 au Palais de Tokyo ; projet dirigé par Marco Pasi ; Archè Milano, 2008). Même si la comparaison est oiseuse, Crowley ne peut m’empêcher de me faire penser à Lovecraft. Ce n’est en effet que post-mortem que ces deux personnages obtiendront reconnaissance et célébrité.
On ne retient habituellement de Crowley que ses frasques sexuello-magiques. On sait plus rarement qu’il était également un peintre de talent dont toutes les tentatives « d’exposition » ont pratiquement échoué de son vivant. Londres en 1998 puis Paris en 2008 répareront cette lacune. On ajoutera que l’exposition parisienne a été reprise le temps d’un week-end au Center 548 à New-York (Night Mare Paintings, 2015)
Crowley découvrira les milieux artistiques à Paris, en 1898, avec son amant de l’époque, le jeune peintre anglais Gerald Kelly. Il fréquentera Auguste Rodin en 1907 puis fera ses premières armes au pinceau à New York en 1918. Mais c’est en Sicile que son art prendra toute sa dimension.



 Cefalu

La manifestation au Palais de Tokyo était centrée sur les peintures inconnues de Crowley. Celles-ci ont été découvertes, il y a quelques années, par un particulier en Sicile et regroupées sous le nom de « collection de Palerme », afin de préserver l’anonymat souhaité par l’inventeur. L’ensemble est bien évidemment très marqué par la période Cefalù (1920-1923) et sa fameuse abbaye de Thélème dont il avait décoré intégralement sa chambre – la Chambre des Cauchemars – ainsi que partiellement d’autres pièces. 



Sunset

On peut classer l’œuvre de Crowley en trois catégories : paysages, portraits et « magie ». C’est à cette dernière catégorie qu’appartiennent trois planches qui préfigurent son jeu de tarot, The Book of Thoth, qu’il réalisera de 1938 à 1942 avec l’artiste anglaise Frieda Harris.
Son style, très coloré, est fortement inspiré de Gauguin. Il le définissait comme étant un Impressionnisme subconscient, travaillant plus par visions que par création réfléchie.
Crowley aurait produit environ 300 œuvres dont seule une petite partie nous est connue. Entre visions oniriques et hallucinations psychotropes, utopie d'un paradis primitif, l'ensemble de l'œuvre de Crowley a influencé la contre-culture autant que la musique pop. 

 Ninette

JE SUIS TON PÈRE ; la Mythologie de Star Wars à la Maison d'Ailleurs

Une exposition intéressante va ouvrir ses portes à la Maison d'Ailleurs : comment la science-fiction contribue à la création de nouvelles mythologies avec l'exemple de Star Wars.



mercredi 15 novembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BI B : LES CHRONIQUES DE CTHULHU, Joshi





Les Chroniques de Cthulhu, anthologie dirigée par S.T. Joshi, Bragelonne/Sans Détour, 2017.
80 ans après la disparition du Maître de Providence, la fiction néo-lovecraftienne continue d’affluer dans les rayons de nos bibliothèques. Le pastiche pur et dur à la Derleth a certes pratiquement disparu des étals pour faire place à des textes d’ambiance dont le lien avec Lovecraft n’est du reste pas toujours évident. Et on restera sur sa faim en matière « d’horreur cosmique », touche rarement reprise avec succès par les continuateurs. Cela dit le recueil concocté par Joshi est agréable à lire et contient plusieurs petites perles comme cette correspondance imaginaire entre l’auteur et un écrivaillon anglais en mal de publication.

Cthulhu

Deal de Calmar de Michael Shea. Un petit texte atroce mettant en scène un vendeur d’alcools dans une boutique de nuit. Entre un grand black qui lui demande de l’argent pour conclure un pacte et le conduit dans un manoir isolé au sommet d’une colline. Un grand réservoir est attenant à la demeure dans lequel se trouve Cthulhu qui attend son heure.

Usurpation de William Browning Spencer. Brad Phelps rentre en voiture de El Paso, en compagnie de son épouse Meta, alors qu’un essaim de guêpes envahit l’habitacle. Il perd le contrôle de son véhicule et se réveille à l’hôpital, sérieusement blessé. Meta est indemne. Il reçoit la visite d’un certain Pr Michael Parkington qui lui explique qu’il a été victime d’une hallucination ; son corps du reste ne porte aucune trace de piqûre. Il ajoute que la région de Silo où s’est produit l’accident dissimule un grand mystère, et que ce type d’hallucination est fréquent chez les automobilistes qui la traversent. Il lui remet son ouvrage, Montagnes Hantées : l’Atlantide du Désert dans lequel il explique que l’Atlantide a sombré près de Silo. Il rentrera à Austin où il réside, en compagnie de son épouse qui reprend son travail de bibliothécaire. Suite à la disparition de cette dernière – disparition produit de son imagination -, il retournera à Silo où un indigène local le conduit au sommet d’une montagne au pied de laquelle se trouve un grand lac. Et d’avoir la révélation : « Il est là ». Follement pressé d’embrasser son destin, il se jeta de la corniche et tomba vers le Père de tous les Univers, où rien ne se perdait, où tout était dévoré.
Un très bon texte qui revisite astucieusement l’horreur cthuluienne.

Avec Le Dôme, Mollie L. Burleson nous entraîne à Sand Rock, une petite ville du Nouveau-Mexique, où Tom vit paisiblement sa retraite. Il y a au centre de la ville une immense bâtisse en mauvais état qui abrite une sorte de brocante, tenue par un vieil homme sale et particulièrement désagréable. Lors de ses rares emplettes, Tom remarque sur le plafond de l’entrepôt une grande lucarne en forme d’œil. On raconte dans la ville que le commerçant est souvent plongé dans un énorme livre de magie, qu’il a les mains palmées et sent le poisson. On laisse également entendre que se réunissent dans ses locaux les membres d’un culte bizarre. Lors d’une nouvelle visite à la brocante, Tom constate que la lucarne est ouverte, qu’elle donne (en pleine journée ensoleillée) sur un ciel noir d’encre et semble cacher une créature grouillante de tentacules. Tom s’enfuit. Le local sera fermé par les autorités et on ne reverra jamais le commerçant.

Histoire Surnaturelle d’Adam Niswander nous relate l’histoire d’un brave père de famille sans histoire qui a le malheur de ramasser sur le trottoir un médaillon orné d’une chose dotée de tentacules, avec un gros œil rouge au milieu. Il va subir une transformation effrayante, ses os « fondant », lui donnant l’apparence d’un gros mollusque doté de branchies !

Horreur

Marques de Joseph .S. Pulver. Un quidam fait un long trajet en voiture pour livrer un colis à Phoenix à une heure précise. Il sera accueilli par un personnage malsain qui le trucidera. Je n’ai pas vu où était l’inspiration lovecraftienne.

Même remarque pour Violence est fille de confiance de Michael Cisco mettant en scène une famille de dégénérés kidnappant des femmes pour les sacrifier et déguster leur cœur, selon un rituel familial !

Avec Démons Mineurs, Norman Partrige nous entraîne sur la piste du gore. Un shérif d’un coin perdu des States enquête sur des crimes horribles, les victimes étant transformées en redoutables zombies, « les faces de sang ». Il faudra l’intervention de l’armée pour éradiquer le fléau.

Le Broadsword de Laird Barron met en scène un certain Pershing Dennard qui vit hanté par le souvenir de son ami Terry Walker qui a disparu lors d’une expédition dans la jungle, et qu’il n’a pu retrouver. Il réside maintenant, à 70 ans, dans le Broardsword, un ancien hôtel de luxe transformé en appartements. Divorcé, il fréquente la charmante Wanda avec laquelle il ne se décide pas à partager la vie. Ses nuits sont peuplées de cauchemars, visite d’une dame en noir et surtout conversations répugnantes qui émanent des canalisations. Le fils d’un de ses voisins sera retrouvé trucidé alors qu’il est « aspiré » par la tuyauterie pour plonger dans d’infects bas-fonds où il retrouve Terry qui crie vengeance. Revenu dans le monde de l’éveil, il subira de subtiles transformations et finira par égorger avec un râle de plaisir Wanda. Un texte bien ficelé dans lequel il est cependant difficile de détecter l’ombre du Maître.

Rotterdam de Nicholas Royle est en quelque sorte une suite à la nouvelle de Lovecraft, Le Molosse. L’écrivain, qui porte le prénom de Joe, vient d’en réaliser une adaptation cinématographique et est envoyé par son producteur à Rotterdam, afin de repérer des lieux insolites pour opérer le tournage. La plongée dans les bas-fonds de Rotterdam est haute en couleurs et il partagera de nombreuses chopes de bière en compagnie de Mains qui vient de le rejoindre. Mains est chargé du script et le courant ne passe guère entre les deux hommes, chacun ayant un point de vue bien particulier quant au déroulement du scénario. Joe se réveillera dans sa chambre d’hôtel avec une belle gueule et bois et un corps atrocement trucidé au pied de son lit. L’écrivain dépècera soigneusement le cadavre, nettoiera méticuleusement la chambre maculée de sang et partira prendre le ferry, profitant de la traversée pour se débarrasser de quelques sacs encombrants !

Hurlements dans la nuit de Darrell Schweitzer fait partie de ces nouvelles « planantes » que l’on a l’impression d’avoir souvent lues. Il s’agit de l’histoire d’un petit garçon vivant dans une famille déchirée (sa mère et sa sœur se suicideront, l’alcool aura raison de son père) qui aime se promener en petite tenue la nuit où il se sent enveloppé par des créatures invisibles. Il rencontrera un vieil homme qui ressemble à une créature de pierre vivante qui l’initiera. Et ensemble, ils partiront dans les espaces infinis rejoindre le Chaos Primordial.

Tunnels de Philippe Haldeman met en scène un petit garçon David, qui vit dans un immeuble au luxe suranné avec ses grands-parents et sa tante ; son père est parti et sa mère a disparu. Il est hanté par de rêves récurrents dans lesquels il est agressé par de gros vers tapis dans les sous-sols de la demeure. Il finit par apprendre de son grand père que celui-ci a participé, avec d’autres résidents de l’immeuble, à la construction d’un métro souterrain et découvert une fosse grouillant de créatures monstrueuses. Un résident fait la garde dans les sous-sols chaque nuit. L’attaque inévitable se produira et les habitants déverseront des bidons d’essence pour vaincre les créatures, mettant feu à l’immeuble par la même occasion.

Avec Substitution, Michael Marshall Smith nous fait découvrir le charme des livraisons de courses à domicile. Le narrateur est un peu épuisé par le régime bio/végan que lui fait suivre son épouse et ouvre avec ravissement un sac rouge, déposé chez lui par erreur par le coursier, rempli de viande. Sa femme, furieuse, fait enlever le paquet, mais notre « héros » se met à fantasmer sur la ménagère qui habite près de chez lui et qui aime les steaks bien juteux ! Il s’arrange avec le livreur pour obtenir son adresse et se met à l’espionner, découvrant que c’est un vampire.

Lovecraft himself

Esprits de Passage de Sam Gafford. Une petite perle dont le héros, employé dans une Librairie à Providence, est affecté d’une grave tumeur au cerveau qui perturbe ses perceptions. Lovecraft lui tient souvent compagnie, et il croise en permanence de nombreux personnages du Mythe. Il mourra en devenant un personnage de fiction.

Dans Tentante Providence, Jonathan Thomas met en scène l’artiste Justin qui revient à Providence après une absence de 30 ans. Il n’a pas pu refuser une exposition de ses photographies organisée par l’Université Brown où il a fait ses études, et notamment rédigé un mémoire sur Lovecraft. Un Lovecraft que le hantait puisqu’il avait cru rencontrer son fantôme alors qu’il était gardien de nuit sur le campus afin de financer ses études. Il retrouve un Providence qu’il a du mal à reconnaître. La maison de Lovecraft a été « déménagée » pour faire place au développement tentaculaire de l’Université. Beaucoup de vieilles maisons ont disparu et les bistrots de sa jeunesse ont fait place à des fast food. Son pèlerinage est empreint de nostalgie et de boulimie : burgers, pizzas et sandwichs ont du mal à remplir son estomac ! Lors d’une pérégrination nocturne sur les lieux de Celui qui hantait les ténèbres, il rencontre à nouveau le Maître dans un petit square où se dressait, avant d’ère rasée, l’église de la nouvelle.  Il croit voir encore Lovecraft dans l’arrière-boutique désaffectée d’un ancien glacier. L’écrivain est en grande conversation avec une bande de jeunes chevelus qui semblent lui faire signe. De retour à l’Université, il aura un violent conflit avec Palazzo, responsable de l’exposition, qui refuse obstinément de lui rembourser ses frais de déplacement. Le plafond de la galerie s’ouvrira sur l’espace vide où une créature extraterrestre s’agite et plonge ses tentacules. On ne retrouvera que la perruque de l’organisateur, Justin prenant ses jambes à son cou pour quitter au plus vite la maléfique Providence.

Ramsey Campbell nous présente la très étrange correspondance de Cameron Thaddeus Nash, Un document récupéré par August Derleth en 1968 qui devait être publié dans l’Arkham Collector, puis, Derleth changeant d’avis, dans un essai de Campbell sur HPL. Le projet n’a pas abouti, les originaux ont été perdus, mais heureusement le narrateur en avait gardé une copie. Il s’agit d’un échange entre un admirateur anglais, Nash, et le Maître de Providence, le premier, béat d’admiration, se présentant comme un grand rêveur qui se propose de soumettre au second les textes tirés de ses excursions oniriques. Lovecraft, comme à l’accoutumée, fera son travail consciencieusement, suggérant ici un nouveau titre plus percutant, là une révision complète. Il s’engage de surcroît à essayer de placer la prose de Nash auprès de Weird Tales. Mais l’interlocuteur anglais supporte mal les modifications et piaffe d’impatience de voir publier ses écrits. Le ton se gâte, Nash devient de plus en plus agressif et commence à injurier Lovecraft, le traitant de noms d’oiseaux (Lovecrotte !) tout en critiquant sévèrement ses nouvelles. Il estime être un rêveur hors pair, Lovecraft ne lui arrivant pas à la cheville et le menace de lui envoyer sa photo afin que notre écrivain puisse mesurer comment ses voyages dans les Contrées du Rêve ont pu le transformer. Ce qu’il finira par faire et, peu avant l’aube du 15 mars 1937, Providence sera réveillé par un hurlement effrayant provenant de la maison de Lovecraft. On y trouvera la photo d’un visage dont il manque le bas, remplacé par un vide étoilé.


Necronomicon

Le Livre de Denker de David J. Schow met en scène le type même du savant fou, le Pr Langford Meyer Denker qui vient de rater de peu le prix Nobel de Physique. Son invention est une machine permettant d’ouvrir une porte dimensionnelle. Elle est décrite somme une gigantesque mécanique gothique et n’est pas sans évoquer les machines folles de Carrouges ou de Ducamp. La communauté scientifique s’élèvera avec véhémence contre cette création, qualifiée de supercherie grotesque. Ce qui est pourtant tout à fait intéressant, c’est que le cœur de la machine est un Livre. Un Livre conçu pour ne jamais être lu, une contre-doctrine réceptacle de savoir inconnus et traqué pendant des millénaires, un appât à fanatiques, un Graal pour obsédés, un ouvrage que l’on referme en mourant. Denker fera travailler de nombreux cryptographes et linguistes sur des extraits d’une version arabe que l’on croyait perdue. Il testera les embryons de traduction sur des philosophes, des dérangés, des enfants, des autistes et des victimes d’Alzheimer et lui donnera pour titre L’Ultime Outre-Tome, un titre qu’il modifiera ensuite en L’Autre Tombe. Quoi qu’il en soit, le moteur de la machine est opérationnel et Denker la fera transporter dans l’espace pour obtenir de meilleurs résultats !
Une brillante revisitation du Necronomicon dont le nom n’est pas cité.

Pickman

Notre cher Richard Upton Pickman continue d’inspirer les « pasticheurs fous ». Avec L’Autre Modèle de Pickman, Caitlìn R. Kiernan met en scène un ami de Thurber[1], perturbé par le suicide de ce dernier. A la demande de la famille, il met de l’ordre dans les papiers du défunt et tombe sur quelques croquis représentant une jolie jeune femme. Les coupures de presse jointes au carton à dessin lui apprennent qu’il s’agit d’une actrice de seconde zone, Vera Endecot dont l’histoire est pour le moins sulfureuse : participation à des orgies, meurtre, satanisme… Obsédé par l’actrice, et après de longues recherches, il finit par la rencontrer. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même et avoue avoir servi de modèle à Pickman, en raison de sa particularité physique : sa colonne vertébrale se prolonge par une queue. Elle avoue aussi que Endecot est un pseudo pour dissimuler sa véritable identité, celle d’une famille d’Ipswich. On la retrouvera quelque temps après pendue à un arbre et affreusement déchiquetée.
Il est amusant de noter que le narrateur, qui se veut un pur rationaliste, consacre un long développement à Charles Fort et aux « imbécilités » qu’il véhicule dans Le Livre des Damnés.

C’est au tour de Brian Stableford de poursuivre les investigations sur le peintre démoniaque avec La Vérité sur Pickman. Silas Eliot, petit fils d’un ami de Pickman, vit isolé dans une maison de l’île de Wight et reçoit la visite de Aleister Thumber, petit-fils du Thumber de la primo-nouvelle. C’est un savant biologiste qui travaille sur les processus de dégénérescence qui ont affecté Pickman et ses « modèles ». A ce titre, il souhaite compulser les archives de Silas sur l’artiste, à la recherche d’un ADN « pur ». Il remarque dans la salle de séjour un tableau étonnant. En fait, il ne s’agit pas d’une œuvre de Pickman, mais de Silas qui a attrapé le virus de dégénérescence, particulièrement contagieux…

W.H. Pugmire nous donne, avec Les Habitants de Wraithwood, un texte d’un surréalisme particulièrement malsain. Hank Foster ne se remet pas du décès de sa mère, une grande critique d’art, et plonge dans l’alcool, la drogue et le vol. Après un petit stage derrière les barreaux, il s’enfuit d’un centre de réinsertion et échoue, complétement ivre, dans une forêt. Il sera recueilli par un personnage qui lui fait penser à Jésus qui le conduit dans un manoir, un ancien hôtel du temps de la prohibition. Et de pénétrer dans un univers truffé de reproductions de tableaux et habité par une sorte de « Adams Family » ; une vieillarde nymphomane, une ravissante créature évanescente, un nain cul-de-jatte qui exsude une délicieuse saveur. La nourriture est toujours la même, de la viande blême passée dans une machine à spaghettis. On lui donnera une chambre décorée par un odieux tableau de Pickman, un inachevé retrouvé dans une galerie mal famée de Boston. Les relations entre tout ce joyeux petit monde sont particulièrement complexes et se solderont par la pendaison de la jolie jeune femme dont le corps sera jeté dans l’étang du parc où des sphères brillantes semblent attendre leur pâtée.

Rêves

Rêves de Désert de Donald R. Burleson. Un récit archi-classique d’un jeune employé de bureau de Providence qui rêve d’un désert étrange où se trouve une statue non moins curieuse. Il se rendra sur place et retrouvera les éléments de son rêve.


[1] Ami de Pickman dans la primo-nouvelle de Lovecraft.

dimanche 12 novembre 2017

vendredi 10 novembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : CROWLEY, QUI SUIS-JE ? Christian Bouchet





Crowley, Qui-Suis-je ? Christian Bouchet, Pardès 1999.

Ce travail, issu de la thèse en doctorat d’ethnologie de l’auteur, est particulièrement claire et concise. La vie de Crowley est traitée rapidement, Christian Bouchet mettant surtout l’accent sur les pérégrinations de Crowley dans une multitude de sociétés initiatiques plutôt que de s’appesantir sur ses frasques sexuelles qui ont défrayé la chronique de l’époque. L’intérêt du travail est certainement dans le second chapitre où le système magique de Crowley est décortiqué avec précision. Un système qui se caractérise par un but ultime qui est l’atteinte d’un état où l’homme et Dieu ne sont plus qu’un. Il rejoint ici les grands mystiques, cherchant à s’élever d’initiation en initiation, de sephira en sephira, afin d’accéder au grand tout, l’Ain Soph.
La démarche suivie se veut scientifique : Nos conceptions les plus pures sont symbolisées par les mathématiques. Dieu est le grand arithméticien, Dieu est le grand géomètre. Donc, il vaut mieux se préparer à le comprendre en soumettant nos esprits à cette démarche (in Magie en théorie et pratique). Crowley avait présenté son Livre de la Loi comme ayant été dicté par un esprit, Aiwas. Il reconnaîtra ultérieurement que ce n’était rien d’autre que l’expression de son moi inconscient.
L’étude de l’œuvre de Crowley montre que celui-ci a mené de concert une magie cérémonielle classique avec tout son « appareillage » et une pratique tournée sur soi et très proche du yoga. Le but du rituel est d’avoir un contact avec une manifestation divine invoquée qui peut être son ange gardien. Pour arriver à la « fusion », et surtout dans la pratique personnelle, il conseille l’utilisation de diverses techniques : soit de nature psycho-mentales (yoga, visualisation, récitation de mantras…), soit par l’usage du sexe ou de la drogue.
Décrié de son vivant et rejeté par les milieux intellectuels, Crowley suscitera après sa mort un fort intérêt. De nombreux ordres et conventicules se réclameront de sa « Magick » alors que la culture populaire des années 60 l’adoptera en musique, au cinéma, voire en psycho-thérapie avec Israël Regardie et le sulfureux Timothy Leary. Il est vrai que nous étions alors entrés dans « un Nouvel Éon », celui des hippies, des Angry Young Men, de la Beat Generation, de la libération sexuelle et de la banalisation des drogues douces. Un terreau favorable à la résurgence de « la Grande Bête ».

lundi 6 novembre 2017

LES CHRONIQUES D'EL'BIB : ALEISTER CROWLEY, THE NATURE OF THE BEAST, Colin Wilson





Etude - Aleister Crowley: The Nature of the Beast (1987, Aquarian Press ; 2005, Aeon Books))
Un seul homme, à notre connaissance, osa présenter sous une forme conceptuelle et revendiquer l’attitude magique fondamentale. Cet homme est sans doute le plus grand et les plus inquiétant, peut-être le seul magicien du XXe siècle occidental : Aleister Crowley.
Robert Amadou in Planète no 19



Colin Wilson était fasciné par Crowley (1875-1947), ainsi que l’atteste sa longue entrée dans L’Occulte, dans laquelle il cherchait à répondre à la question : « est-ce que sa magie fonctionne ? » Et avec la forte intuition qu’il devait y avoir du vrai dans les travaux de la « Bête ». Il revient longuement sur ce personnage sulfureux dans une biographie bien documentée qui n’est – contrairement à beaucoup d’autres traitant de Crowley- ni une hagiographie ni une critique destructive. Il ouvre son étude par un premier chapitre fort intéressant, dans la mesure où il fait le lien avec ses premières théories sur l’Occulte. Pour Wilson, en 1971, les phénomènes paranormaux étaient occasionnés par la Faculté X, elle-même produit d’une conscience « élargie ». Il ne s’agissait rien d’autre que d’une utilisation adéquate des « pouvoirs inconnus de l’homme », toute autre explication faisant appel aux « esprits » étant de l’ordre de l’affabulation. Wilson revoit en 1987 considérablement sa copie, et, après examen approfondi d’un certain nombre de cas parapsychologiques, notamment africains, arrive à la conclusion que ces entités peuvent réellement exister. Il les qualifie « d’esprits décorporés », tout en précisant qu’il ne s’agit pas uniquement de ceux de défunts, mais aussi d’esprits de la nature ou élémentaux.
Écrire une biographie de Crowley est un art difficile, les excès de tous ordres du Magicien brouillant en permanence les cartes au point de lui enlever souvent toute crédibilité. Ce dont souffrira toute sa vie le Maître Thérion dont l’immense besoin de reconnaissance ne sera jamais satisfait. Il faudra attendre que l’occultiste Kenneth Grant, responsable de l’OTO en Angleterre, reprenne à son compte les travaux de Crowley après sa mort pour en faire une brillante synthèse. Colin Wilson insiste notamment sur son Magick Revival, « la meilleure histoire de la magie moderne jamais écrite » et précise que les travaux de Grant sont du « Crowley bien meilleur que l’original. » Et de montrer qu’au-delà de ses outrances, notamment sexuelles, Crowley avait fondé un système magique tout à fait remarquable, basé sur la volonté.
-       Fais ce que tu veux est toute la loi,
-       L’amour est la Loi, l’amour soumis à la volonté
-       Chaque homme et chaque femme est une étoile
-       La Magie est la science et l’art d’opérer des changements en accord avec la volonté.
La conclusion de cet ouvrage sera très « wilsonienne ». « La philosophie thélèmite de la libre volonté humaine permet à l’homme de se hisser à un niveau de conscience supérieur. Si on oublie le personnage pour ne se concentrer que sur sa philosophie, il est fort probable que Crowley avait raison ».


Notes lovecraftiennes :
° Colin Wilson nous épargne le parallèle souvent évoqué dans les sphères ésotérico-lovecrafiennes entre le panthéon du Maître de Providence et celui de Crowley évoqué notamment dans son Book of Law. Une théorie qu’il a développée dans Le Necronomicon (1978) et qui provient des « travaux » de Kenneth Grant.
° Il évoque par contre Lovecraft au sujet de l’ouvrage de Crowley, Moonchild (1929), le qualifiant de remarquable, à la jonction des plumes de Lovecraft et de Borgès.

dimanche 29 octobre 2017

LES ANCIENS ASTRONAUTES REVIENNENT EN 2018 à MANCHESTER


SI LA NOTION N'EST PAS MAINTENUE DE JC PICHON dans la Lettre du Crocodile

Samuel Beckett et Jean-Charles Pichon

Si la notion n’est pas maintenue… de Jean-Charles Pichon. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
www.oeildusphinx.com
La pensée de Jean-Charles Pichon englobe de vastes domaines dont les sciences quantiques et la métaphysique. Cet essai court et particulièrement dense constitue autant un commentaire qu’une exploration du texte de Samuel Beckett intitulé Le dépeupleur.
Couv Pichon
Le point de départ de Jean-Charles Pichon réside dans l’identification de cinquante machines littéraires depuis 1848 :
« Toutes ces machines, précise-t-il, nous sont données comme singulières, uniques, bien que toutes prétendent à recouvrir l’univers entier (astrophysique ou biologique, mathématique ou psychanalytique, mythologique ou poétique) ou, plus exactement la localisation du JE dans l’univers. »
Parmi les auteurs de ces machines littéraires, nous trouvons Edgar Poe (Eureka, 1848), Wronski, Saint Yves d’Alveydre, Villiers de l’Isle-Adam, Mallarmé, Yeats, Jarry, Kafka, Daumal… Souvent, un auteur apparaît comme le traducteur, le redécouvreur ou le schismatique d’un autre. Jean-Charles Pichon y distingue l’action de machines littéraires à l’œuvre à travers ou indépendamment des auteurs. Ce qui n’est pas sans évoquer les machines répliquantes de Gilles Deleuze.
« La machine de Beckett a pour objet, nous dit-il, de définir et de préciser le fonctionnement du « séjour où les corps vont cherchant chacun son dépeupleur. »
Beckett raconte tout de la vie des habitants de ce cylindre, sorte de boîte de conserve, sauf le début et la fin. Cette machine est close, désespéramment close. Jean-Charles Pichon en imagine une sortie, en basculant le cylindre, réinterrogeant la « Forme Vide où viennent mourir les dieux et en naître d’autres ». Beaucoup des questionnements suggérés par Jean-Charles Pichon, à travers les mathématiques, ou le rapport à la langue, relèvent des philosophies de l’éveil :
« « L’affaire du cylindre », chère à Beckett, ne serait-elle autre, encore, que l’affaire du seuil, non plus distingué de l’appareil, son séjour ? Et le possesseur de la boîte de corned-beef, du cornet de glace, du bull-roarer, le Jupiter justicier ou l’Apollon flûtiste, seraient-ils autre que JE ? Non plus seulement le seul hôte de l’imaginaire séjour, mais l’unique auteur de toutes ces merveilles.
Sans doute, en ce point, Dieu est mort. Et la Mère elle-même, la première vaincue, n’est plus que la mariée pendue, la demoiselle, la hie, de toute machine célibataire, Jésus est crucifié, Iahvé enrage, le Créateur n’a plus que faire, le Double est un reflet ou un écho, la science se love en vain – le vieux serpent, le Directeur ne dirige plus rien. Tout se passe en dehors des dieux, inutiles. Mais quel ressort secret anime le culbutant ? »
Le texte de Jean-Charles Pichon est accompagné d’un commentaire et de dix études graphiques de Silvanie Maghe.
En 1990, Sylvanie Maghe illustre Le Dépeupleur de Beckett et envoie le texte avec ses illustrations à Jean-Charles Pichon qui écrit alors Si la notion n’est pas maintenue…
L’une et l’autre sont préoccupés par la même question : Comment échapper à la « Forme Vide », au cylindre de Beckett ? A la perte de sens ? A la stérilité de la machine ?
De même que Jean-Charles Pichon prolonge et d’une certaine manière libère Le Dépeupleur, Sylvanie Maghe prolonge le travail de Jean-Charles Pichon par ses gravures talentueuses, qui illustrent ce qui se passe, ce qui apparaît, quand la notion que Beckett voulait à tout prix maintenir s’échappe…

jeudi 26 octobre 2017

JEAN-CHRISTOPHE PICHON ET L'AVANT-DERNIER LIVRE SUR ODS'PROD

Une nouvelle réalisation enregistrée lors de l'AG de l'ODS d'octobre.











YVES LIGNON ET L'OURS DE PAMIERS


LES CHRONIQUES D'EL'BIB : ÊTRE ASSASSIN, Colin Wilson





Etude – Être assassin (1972, Order of Assassins, the Psychology of Murder ; Alain Moreau, 1977 ; Le Pire des Mondes, Durante, 2002). Ce livre se présente comme le troisième opus de la trilogie du meurtre de Wilson, après L’Encyclopédie du Meurtre (1961) et le Répertoire du Meurtre (1969). Il est tout à fait intéressant, car il traduit une étape importante dans la maturation de la pensée de l’auteur. Le thème est certes le crime, ou plus exactement le « true crime », appuyé par une galerie impressionnante de « cas concrets ». Mais la recherche reste la même – on l’a vu dans les romans noirs précédemment évoqués – à savoir que se passe-t-il dans la tête de l’assassin ? Et quelle est la mécanique du crime dit « gratuit » ?
Wilson déroule une nouvelle fois son cheminement philosophique, partant de « l’outsider », engoncé dans sa quotidienneté au point de devenir « robot », prisonnier de ses habitudes avant de réussir à se libérer de ses chaînes. Il débouche sur la notion « d’homme de droit » qui est aussi un homme violent, thèse développée par A.E. Van Vogt qu’il considère comme particulièrement importante en matière de psychologie. Il s’agit du bourreau domestique, qui martyrise sa femme parce qu’il a tous pouvoirs sur elle, ou du dictateur, qui comment les pires méfaits au nom du régime dont il a instauré les règles. Mais c’est dans le schéma d’évolution proposé par le psychologue Abraham Maslow que Wilson trouvera les clés nécessaires à son analyse. Selon ce chercheur, l’évolution de l’individu passe par plusieurs stades : satisfaire ses besoins de sécurité et de nourriture, puis ses besoins sexuels ; c’est ensuite qu’il cherchera la réussite sociale et éprouvera le besoin de reconnaissance ; et de là, il pourra se tourner vers des besoins plus sophistiqués qu’il pourra satisfaire par la culture, l’art ou la religion et parvenir enfin à une conscience élargie. Et toute entrave au bon déroulement de ce schéma peut entraîner des dégâts importants à l’individu. On peut compliquer évidemment cette approche apparemment simpliste, notamment en examinant tous les types d’obstacles, mais elle donne certainement une bonne grille de lecture des cas criminels étudiés. D’autant plus que Wilson fait une nette différence entre le crime et l’assassinat. Le crime est le meurtre à la petite semaine, celui qui obéit à un médiocre mobile passionnel, amoureux ou financier en général. L’assassinat a une fin en soi et n’a d’autre raison que le dégoût de la banalité du quotidien conjugué à un énorme besoin de reconnaissance. C’est une façon de se réaliser en se faisant remarquer. Manson était un garçon sympathique et apprécié par son entourage qu’il érigea en Famille dont il était le chef naturel. Et il lui fallait sans cesse aller plus loin pour asseoir son emprise, débouchant sur le meurtre gratuit. Il était devenu un « homme de droit » qui n’avait plus de limites.
Wilson intégrera de façon curieuse Lovecraft dans sa démonstration, le présentant comme un « outsider » qui sublimera son besoin de reconnaissance non par le meurtre mais par la rédaction d’histoires d’horreur pour choquer le public. Il fera une longue analyse de Loved Dead, une révision pour C.M. Eddy (1922), dans laquelle la nécrophilie est portée au rang des beaux-arts. Une publication qui vaudra du reste quelques soucis à l’éditeur [1].
Colin Wilson nous a quitté en 2013 et n’a pas connu la barbarie islamiste qui nous infecte désormais quotidiennement. En reprenant le schéma de Maslov et le besoin de tendre en permanence vers un idéal, il nous aurait certainement expliqué que nos djihadistes se sont fait injecter un rêve absurde par sa cohérence, les transformant en « hommes de droit » aveugles.
L’auteur nous donne en annexe une petite étude sur Jack l’Éventreur dont les crimes ont été une source d’inspiration pour ses premiers romans noirs (Le Sacre de la Nuit, 1960, par exemple, qui est sa première fiction criminelle). On le sent hésiter, en ce qui concerne l’identité du tueur, entre le Duc de Clarence (frère du futur roi George) et l’un de ses amis, Sir Stephen. Mais ceci est une autre histoire !


[1] Le Nécrophile (1922, une révision pour Clifford Martin Eddy, The Loved Dead, in Weird Tales 1924). Une révision qui a dû être effectuée alors que Lovecraft travaillait sur Le Molosse dont la thématique est très proche. Un beau texte de poésie noire qui n’est pas sans rappeler celle des Fleurs du Mal. Il sera du reste repéré par les autorités qui protesteront contre ce genre de publication ce qui conduira l’éditeur à mettre Lovecraft « sous surveillance ». Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme vivant en reclus chez ses parents à Fenham, ne s’intéressant à rien et plongé dans une lourde apathie. Jusqu’au jour où son grand-père décède et que l’enterrement de ce dernier lui apporte la révélation : une fascination morbide pour les cadavres, une passion dévorante pour les cimetières, une intoxication méphitique aux parfums des « ailes de la mort ». Ces mêmes délices seront à nouveau dégustés lors de l’inhumation de ses parents, puis ce sera le grand saut : travailler aux Pompes Funèbres. Pour assurer l’approvisionnement, il se transformera la nuit en sérial killer, mais se fera renvoyer de son emploi, son patron l’ayant retrouvé au petit matin enlacé avec un cadavre encore tout chaud. Il se fera affecter dans une morgue militaire lors de la Grande Guerre, et, de retour au pays, reprendra ses méfaits. Traqué finalement par la police, il se suicidera en s’ouvrant les veines.

mercredi 25 octobre 2017

LE BUGARACH DE CHARLY SAMSON DANS LA LETTRE DU CROCODILE

Si Bugarach m'était confié

Publié le 22 Octobre 2017, 08:15am






Si Bugarach m’était conté de Charly Samson. Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.
Bugarach s’est fait connaître presque brutalement, et au grand dam de ses habitants, quand certains crurent bon de le présenter comme un refuge lors de la fin du monde soi-disant annoncée pour 2012 par des prophéties mayas. Cette annonce fortement médiatisée a finalement masquée l’intérêt que présente le pic de Bugarach.

Toute montagne invite à la méditation et porte ses mystères. D’un point de vue géologique tout d’abord, Bugarach est étonnant puisque les couches les plus anciennes sont les plus visibles. Ce fait rare justifierait de faire le détour vers ce haut lieu du Razès pour découvrir la majesté inquiétante du lieu et les paysages magnifiques qui l’entourent.
Le Razès est une terre de légendes, anciennes ou modernes, du tombeau de Marie-Madeleine aux bases secrètes d’ovnis. Nous sommes tout prêt de Rennes-le Château et de Rennes-les-Bains qui concentrent nombre de mystères mais aussi Marcelle, Alet-les-Bains… Les mythes se chevauchent aux interprétations multiples et souvent fantaisistes. Cependant, la matière mythologique est réelle. Il y a beaucoup à travailler et à explorer.

Charly Samson rend compte de sa relation personnelle avec le site et des recherches qu’il lui a consacrées en lien avec le groupe des Amis de la Salz, du nom de la source salée qu’il souhaitait préserver. Recherche d’un trésor, présence extra-terrestres, couloirs du temps, arche d’alliance… voici quelques-unes des préoccupations du groupe.

« Le Pic de Bugarach est vraiment un lieu magique…, confie l’auteur, mais dans le véritable sens de ce mot. Tel un souverain accueillant mais secret, il domine sa région. Il semble maîtriser les forces de la nature qui l’envahissent et lui confèrent une personnalité redoutable dans sa majesté.
Il est né de bouleversements géologiques particuliers qui sont à la base – dans tous les sens de cette expression – des intenses vibrations qui l’animent : forces cosmiques, forces telluriques, courants d’eau, réserves de sel, et multiples grottes et cavernes pour la plupart inconnues qui sillonnent ses profondeurs. Le vent caresse ses flancs, mais parfois semble lui manifester une certaine hostilité. Il joue avec le soleil en créant des illusions qui nous rappellent la beauté de récits bibliques.
Les quatre éléments de notre univers jouent avec le Bugarach. La terre depuis la poussière presque impalpable de ses sentiers jusqu’aux roches cyclopéennes qui le coiffent. L’air et le feu du vent et du soleil qui l’enlacent chaque jour. L’eau qui n’est pas que celle que lui offre la pluie, mais aussi l’eau de ses sources qui puisent dans ses profondeurs d’étranges saveurs.
Les éléments de la matière ne font pas tout le Bugarach. Quelle vie anime cette masse depuis ses entrailles jusqu’à sa surface que nous connaissons plus ou moins bien ? »